Ducœurjoly et le créole haïtien dans le Manuel des habitans de Saint-Domingue : un cas de « Language Making » colonial

Philipp Krämer

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Philipp Krämer, « Ducœurjoly et le créole haïtien dans le Manuel des habitans de Saint-Domingue : un cas de « Language Making » colonial », Archipélies [Online], 16 | 2023, Online since 15 December 2023, connection on 23 June 2024. URL : https://www.archipelies.org/1984

Cette note de recherche présente une analyse d’un texte clé de l’histoire de la créolistique, le Manuel des habitans de Saint-Domingue, publié en 1802 par S. J. Ducœurjoly. En partant du concept de Language Making, l’article se propose de retracer la façon dont Ducœurjoly construit une conception du créole haïtien sur la base de normes structurelles et fonctionnelles implicites : Il présente la langue dans son « essence » telle qu’il la conçoit, et cela dans la perspective d’un colon européen qui construit une hiérarchie claire et nette entre le créole et le français. Le Language Making de Ducœurjoly contribue ainsi à établir et à répandre une notion des langues créoles dont nous pouvons observer une continuation non seulement dans d’autres travaux de la créolistique académique vers la fin du xixe siècle, mais aussi dans les sociétés actuelles.

This research note offers an analysis of a key text in the history of creolistics, the Manuel des habitans de Saint-Domingue published in 1802 by S. J. Ducœurjoly. Based on the framework of Language Making, the article retraces the way Ducœurjoly construes Haitian Creole based on implicit structural and functional norms: He presents the language in its ‘essence’ as he conceives of it, more precisely with the perspective of a European colonialist who constructs a clear-cut hierarchy between Creole and French. Ducœurjoly’s Language Making contributes to establishing a notion of Creole languages which remains influential not only in other scholarly works of creolistics towards the late 19th century, but also in today’s societies.

Introduction

Dans l’histoire du créole haïtien, le Manuel des habitans de Saint-Domingue, publié en deux tomes en 1802, est une œuvre clé : c’est l’une des premières sources dont nous disposons pour la documentation de la langue. Ce travail de S. J. Ducœurjoly s’inscrit toutefois dans un contexte différent de celui des autres publications en créolistique du xixe siècle qui lui succèdent (pour une vue d’ensemble de l’histoire de la créolistique, voir Sousa, Mücke et Krämer 2019, Selbach 2020). Si ces dernières, rédigées vers la fin du xixe siècle, étaient censées être des travaux de recherche, le Manuel des habitans de Saint-Domingue, publié quelques décennies plus tôt, devait servir d’orientation pour de futurs colons, et donc pour un public non spécialiste en matière de langue. C’est dans cette orientation pratique que le Manuel ressemble plutôt aux travaux du xviiie siècle, par exemple ceux rédigés pour l’usage dans le contexte de la mission chrétienne. La description du créole ne représente qu’une petite partie de cet ouvrage de grande envergure. Pendant la période formative de la créolistique comme pratique académique qui débutera quelques décennies après la publication du Manuel, le vocabulaire, les dialogues exemplaires et les remarques grammaticales inclus dans le second tome constituaient l’une des principales sources de référence, voire la seule, pour le créole haïtien avant les travaux de recherche et de documentation du xxe siècle (Fattier, 1994, pour d’autres sources historiques avec des remarques métalinguistiques plus succinctes, voir Hazaël-Massieux 2008). Les descriptions des langues créoles qui datent de l’ère coloniale ont marqué la recherche et la réflexion métalinguistique pendant très longtemps : les analyses et documentations étaient rares et fragmentaires au moins jusqu’au milieu du xxe siècle (Krämer, 2014).

On ne saurait donc surestimer l’influence du Manuel dans la créolistique et dans les cercles privilégiés de la société coloniale : il apporte une contribution importante à l’idée que l’on se formait du créole, de ses caractéristiques et de ses qualités. Cela fait de ce texte historique un cas exemplaire à étudier dans le cadre du concept théorique de Language Making. Ducœurjoly est un auteur dont le travail, unique en son genre, a potentiellement exercé une influence importante sur la conception du créole haïtien comme entité linguistique distincte. Quelles sont les caractéristiques qu’il attribue à cette langue ? Quelles sont les normes implicites sur lesquelles il fonde sa notion abstraite de ce qui constitue le créole haïtien en tant que tel ? Comment ces normes s’inscrivent-elles dans le cadre épistémologique du colonialisme à la veille de la Révolution haïtienne ?

Cette note de recherche passera en revue une sélection des choix structurels ainsi que des remarques métalinguistiques et grammaticales de Ducœurjoly dans son Manuel. Nous retracerons notamment la dimension de colonialité dans la construction de cette entité linguistique selon la plume de Ducœurjoly (pour une étude plus détaillée du document dans sa qualité de travail lexicographique, voir Fattier 1997). La force définitoire sur l’ordre linguistique, sur le découpage et la constitution des langues, s’insère dans une pratique d’affirmation et de consolidation du pouvoir colonial (Errington 2008, Makoni/Pennycook 2005). À quel point Ducœurjoly place-t-il le créole dans une relation de contraste, de dépendance ou de hiérarchie par rapport au français, bref : quelle est l’idée du créole qu’il construit dans sa pratique de Language Making ? Avant de pouvoir répondre à ces questions, il convient d’expliquer ce dernier concept qui nous servira de cadre théorique pour l’interprétation du texte historique.

1. Cadre descriptif : « Language Making »

Bien que les pratiques linguistiques humaines soient marquées par des routines de variation, de plurilinguisme et de fluidité, nous avons tendance à les catégoriser en entités qui constitueraient des systèmes clairement délimités. Ces conceptions émergent d’un processus que nous appelons Language Making : « conscious or unconscious human processes in which imagined linguistic units are constructed and perceived as a language, a dialect or a variety. » (Krämer/Vogl/Kolehmainen, 2022 : 3) Les contours d’une entité linguistique tels qu’ils sont conçus dans un processus de Language Making suivront les lignes dressées par des normes. Celles-ci peuvent être explicitement codifiées et transmises ou bien elles seront respectées et perpétuées de manière implicite dans la pratique. Les normes s’établissent au niveau structurel pour englober des formes linguistiques perçues comme « correctes » ou « appropriées » dans la grammaire, la graphie ou la phonétique, mais également au niveau fonctionnel pour régler les domaines d’usage préférés, prescrits ou proscrits (Krämer/Vogl/Kolehmainen, 2022 : 4-6).

Il faut noter que le Language Making est un processus continu qui n’a donc pas de résultat fixe avec une forme durable. Un tel processus s’opère au niveau cognitif pour faire émerger une représentation mentale d’une langue donnée, mais elle s’opère également au niveau social dans les discours métalinguistiques ainsi que dans les pratiques effectives dans l’usage. Chaque individu peut ainsi contribuer à construire et à transformer en permanence la conception de l’entité linguistique dont les contours et les caractéristiques peuvent être contestés, voire contradictoires.

Selon les conditions sociales, l’influence individuelle dans un tel processus est distribuée de façon inégale : certaines personnes sont perçues comme des autorités et leur conception de la langue sera adoptée par une grande partie de la communauté linguistique (Krämer/Vogl/Kolehmainen, 2022 : 14-15). Dans un contexte colonial, cette autorité est souvent imposée plutôt qu’accordée, et ce sont fréquemment des agents coloniaux externes aux communautés linguistiques dont les conceptions métalinguistiques l’emporteront dans le processus de Language Making. C’est ainsi que nous pouvons considérer Ducœurjoly comme Language Maker car son travail sera accessible aux élites sociales, économiques et politiques de la puissance coloniale et il sera l’une des rares sources écrites qui informeront la conscience métalinguistique des couches dominantes de la société. Faute d’une documentation systématique de l’accueil du travail de Ducœurjoly en son temps, nous nous contenterons d’observer une continuité épistémologique entre son texte et la recherche en créolistique vers la fin du XIXe siècle – continuité qui ne repose pas directement et de manière causale sur la lecture du Manuel, mais qui démontre toutefois que Ducœurjoly s’inscrit dans une formation discursive durable.

2. Le Manuel des habitans de Saint-Domingue

Le Manuel des habitans de Saint-Domingue est un ouvrage publié en deux tomes dont chacun compte plus de 400 pages. Il est publié en 1802, à un moment historique très particulier, entre la Révolution française et l’indépendance d’Haïti qui se dessine déjà, mais que le pouvoir colonial croît toujours pouvoir empêcher :

« Peut-être, avant que cet ouvrage ne paroisse, […] tous les nuages seront dissipés ; tous les révoltés soumis, ou vaincus, et la Colonne de la paix brillera des nouveaux trophées de la victoire coloniale. […] Au moment où je continuois mon travail, j’apprends la soumission des révoltés, et la fin de la guerre. » (Ducœurjoly, 1802 : I, ij)

Dans l’espoir d’avoir préservé le contrôle de la colonie de Saint-Domingue, on s’attend à un flux continu de nouveaux colons français qui chercheraient à s’installer dans l’île.

C’est pour ces nouveaux arrivants européens que Ducœurjoly rédige son Manuel : Il devra servir de ressource complète pour préparer le trajet et l’installation ainsi que l’exploitation d’une habitation coloniale :

« Tous ces détails […] sont donnés par un homme qui, après avoir demeuré près de vingt ans consécutifs dans la Colonie ; après avoir géré en chef plusieurs Habitations très-considérables, vient faire part à ses concitoyens des connoissances et des découvertes qu’une longue expérience, et l’esprit d’observation l’ont mis à portée de bien recueillir. » (Ducœurjoly, 1802 : I, iv)

Ce fragment autodescriptif nous permet de saisir la position privilégiée de l’auteur dans le système colonial ainsi que sa prétention à une expertise de première main ; nous disposons cependant de très peu d’informations biographiques supplémentaires.

Ducœurjoly donne des instructions extrêmement détaillées pour la préparation du voyage transatlantique, pour l’agriculture et la production alimentaire, la gestion d’une habitation et pour le traitement de diverses maladies auxquelles les nouveaux arrivants pourraient être exposés. La description de la société coloniale incluse dans le Manuel repose sur la logique racialiste courante qui fournit une justification plus ou moins explicite du colonialisme sur la base d’une hiérarchisation et essentialisation racialiste du « Noir » stéréotypé. C’est à la fin du second tome que Ducœurjoly rajoute un « vocabulaire français et créole » d’une bonne septantaine de pages (283-355) ainsi que plusieurs conversations modèles bilingues (357-391) et une chanson créole (392-393). Dans une logique textuelle, la réflexion métalinguistique de Ducœurjoly entre en relation avec l’image qu’il dresse de la population asservie.

Ces dernières parties de l’ouvrage sont censées fournir, comme l’annonce Ducœurjoly dans l’introduction (1802 : I, vij), « une idée de l’usage de cette langue, de son génie, et de son caractère particulier. » C’est ici que l’objectif se manifeste – il est bien question d’un acte de Language Making : l’auteur entend démontrer ce que le créole est, ses qualités typiques, une image représentative selon l’idée qu’il s’est formé de la langue. L’auteur ne poursuit pas explicitement un projet normatif. Il ne se prononce pas sur la question d’un potentiel de standardisation du créole, idée que de nombreux créolistes du xixe siècle rejettent (Krämer, 2014 : 169-171). Toutefois, l’autorité que Ducœurjoly revendique confère à son travail une qualité de normativité implicite. Sa représentation de la langue devra servir de modèle pratique pour les futurs colons, néo-créolophones potentiels, qui reproduiront les dialogues du manuel ou qui emploieront le lexique documenté dans le vocabulaire. En l’absence d’autres sources écrites contemporaines ou de locuteurs compétents, les lecteurs du manuel encore résidents en Europe n’auront guère accès à d’autres conceptions du créole que celle présentée par Ducœurjoly. Plutôt qu’un usage « normatif » qui reposerait sur une notion de correction codifiée, l’ouvrage expose un usage « normal » qui correspondrait aux coutumes communicatives telles que l’auteur les perçoit.

3. Normes structurelles du créole dans le Manuel des habitans de Saint-Domingue

Le degré de normativité du Manuel au niveau structurel se fait remarquer principalement dans le « vocabulaire ». C’est ici que Ducœurjoly présente non seulement sa vision de la composition lexicale du créole, mais aussi les particularités phonologiques et grammaticales qu’il juge suffisamment importantes. Le « vocabulaire » est clairement arrangé de façon à servir le public cible : des personnes lettrées, francophones, qui n’ont pas ou peu de connaissance du créole. C’est ainsi que la liste est organisée en fonction des lemmes français en ordre alphabétique dans la colonne de gauche ; les équivalents créoles sont donnés à droite. Outre les équivalences lexicales, le « vocabulaire » fournit des informations grammaticales (parties du discours, types de verbes, genre grammatical des substantifs, etc.) et des exemples d’usage avec des syntagmes isolés ou des phrases entières. Pour certains verbes, ces exemples comprennent entre autres des formes sélectionnées du paradigme verbal avec différentes personnes grammaticales et certains marqueurs préverbaux. C’est dans les remarques métalinguistiques, dans le choix des lemmes eux-mêmes et dans leur graphie que nous pouvons discerner la conception que Ducœurjoly se forme du créole au niveau structurel.

L’auteur du Manuel se sert d’une graphie relativement proche de celle du français de façon à faciliter la lecture pour les francophones et la reproduction de la prononciation. Ce choix n’est pas exclusivement pratique, mais il s’inscrit dans la tendance très courante de l’époque. Dans bien des cas, cette stratégie donne lieu à des ambigüités qui sont sporadiquement résolues par des graphies alternatives :

Ça, (on dit choi) (Ducœurjoly 1802 : II, 302).
Quieur ou quior (305).
Quiou ou tiou, car on prononce très-peu le Q (308).
Poués, on appuye sur l’s (314).
La Pluie ou plutôt la pli (343).

L’ouvrage ne contient pas d’information générale pour les correspondances entre graphie et prononciation. À quelques exceptions individuelles près, Ducœurjoly juge donc suffisante l’intuition des francophones lettrés à prononcer le créole sur la base de la forme écrite. Ainsi, le verbe français abattre est traduit en créole par battre, forme qui indique clairement l’aphérèse du [a], mais qui maintient dans la forme écrite le groupe consonantique final ainsi que le <e>. (Ducœurjoly, 1802 : II, 284)

La graphie des formes telles que Z’Abatage (Ducœurjoly 1802 : II, 283) ou L’Orage (337) fait ressortir par ailleurs que Ducœurjoly attache une certaine signification à un maintien des catégories morphosyntaxiques du français dans la représentation écrite de l’article agglutiné. C’est ici, cependant, comme dans les formes qui présentent des aphérèses vocaliques, que l’auteur fait la part d’un usage variable :

Tacher – […] mais on peut prononcer attacher jusqu’à qu’on soit formé aux circonstances, qui fassent connoître les exceptions (Ducœurjoly, 1802 : II, 291)
Z’Abesse, – cété nion z’abbesse. Yo fair ly abbesse ; on peut ajouter z sans blesser la prononciation. […] (Ducœurjoly, 1802 : II, 284-285)

Dans une note en bas de page, Ducœurjoly ajoute : « On peut supprimer beaucoup de z, mais alors la prononciation ne paroît pas aussi conforme aux usages. » (Ducœurjoly, 1802 : II, 285, note I)

Si ces deux dernières remarques semblent contradictoires, c’est parce qu’elles suggèrent une réflexion qui n’est pas complètement explicitée dans le texte. Ducœurjoly est bien conscient de l’usage variable, notamment entre des structures plus ou moins acrolectales, et de certaines différenciations sémantiques qu’elles peuvent entraîner. L’objectif du texte est pourtant celui de fournir une orientation fiable pour le futur locuteur. L’usage est bien à la base de la norme, mais Ducœurjoly, lui, est l’observateur de cet usage qui en fait la sélection et le commentaire, qui en déduit les principes généraux et qui décide du transfert de ces principes en recommandation pratique. Par conséquent, il se passe à plusieurs reprises d’une explication détaillée d’un phénomène de variation qu’il juge trop complexe ou pas assez pertinent pour les débutants :

« Du, se supprime dans la plupart des phrases, et est remplacé par dans ; il faut une grande habitude pour en saisir l’application. » (Ducœurjoly, 1802 : II, 311)
« La grande habitude peut seule faciliter l’application de ce verbe [être, PK], nous allons néanmoins en donner quelques exemples. […] Il s’exprime de différentes manières, ou se supprime suivant les circonstances, que l’usage seul peut faire distinguer, et dont l’étude deviendroit trop pénible. » (Ducœurjoly, 1802 : II, 316-317)

La norme structurelle n’est pas une invention arbitraire de l’auteur, mais elle n’émerge pas non plus directement de l’usage. Certaines règles sont bien intrinsèques au système, d’où la possibilité de choisir des variantes « sans blesser le langage » (Ducœurjoly, 1802 : II, 294). L’auteur intervient toutefois activement dans l’évaluation de la pertinence des caractéristiques et des règles à observer, donc : de la normativisation implicite. G. Hazaël-Massieux (1996 : 80) et Barzen (2022 : 296) font remarquer par ailleurs que certaines particularités structurelles dans le Manuel laissent supposer qu’il reproduit plus spécifiquement le créole du nord de l’île. C’est la documentation des observations de Ducœurjoly qui est présentée comme une description des régularités significatives du système linguistique créole en tant que tel – et de leurs limites : « Il est beaucoup de phrases où l’on supprime de, mais il n’y a pas de règle. » (Ducœurjoly, 1802 : II, 308)

Le travail de Ducœurjoly ressemble à ceux publiés vers la fin du xixe siècle dans sa manière de chercher les équivalences créoles pour des éléments et des catégories présents dans le système français. L’entrée pour le verbe avoir contient des exemples du marqueur préverbal , pourtant issu de était ou été, car c’est ici que Ducœurjoly entend expliquer la formation du passé à l’aide des auxiliaires (Ducœurjoly, 1802 : II, 294). Il conclut à plusieurs reprises que certaines régularités grammaticales échapperaient à l’explication ou qu’elles seraient absentes. C’est ainsi qu’il note pour le mot aucun : « Il n’a pas d’équivalent en créole. Il est remplacé par nion. » (Ducœurjoly, 1802, : II, 292-293) Le lexique et la grammaire créoles paraissent ainsi lacunaires et déficitaires ; le prétendu manque de régularité dans certaines catégories lexicales, phonologiques ou grammaticales est inscrit dans l’essence de la conception du créole. Les notions d’irrégularité et d’imperfection font partie du prototype que Ducœurjoly dessine. Cette même notion sera toujours reflétée dans de nombreuses descriptions plus détaillées de différentes langues créoles vers la fin du siècle (voir à titre d’exemple les analyses des travaux de Jean Turiault, d’Auguste Vinson ou de Louis Ducrocq dans Krämer 2014). À propos du créole réunionnais, Auguste Vinson (1883 : 22) remarque :

« Le genre n’y existe pas, […], le verbe n’a pas de nombre, il est toujours au singulier […], enfin mille imperfections semblables, qui doivent nécessairement exister pour une langue, qui n’a pas encore de grammaire qui en règle les conditions, si vous aimez mieux, les conventions. »

Face à la perfection évidente, dans l’imaginaire contemporain, du système linguistique français, la hiérarchisation entre les langues résulte du contraste mis en évidence par les notions d’absence et d’irrégularité des catégories structurelles.

La sélection des entrées du « vocabulaire » dans le Manuel laisse entrevoir l’intérêt et l’expertise de Ducœurjoly dans l’agriculture coloniale. Le « vocabulaire » comprend bien un lexique de base, mais on notera une fréquence saillante de plantes, de fruits, d’animaux, d’aliments et d’autres éléments de la vie coloniale. Les entrées lexicales des domaines botanique et culinaire sont certes une documentation de la pratique coloniale courante qui est celle de nommer des espèces d’après des quasi-équivalents connus dans la flore et l’agriculture européennes. Pourtant, les explications pour ces mots données dans le « vocabulaire » ajoutent une dimension sémantique à cette pratique de nomenclature : la signification lexicale de chacun de ces mots est déterminée en fonction du référent correspondant en français.

C’est par cette composition du « vocabulaire » que Ducœurjoly évoque une perspective particulière du créole qui apparaît comme une langue étroitement liée à la réalité concrète de l’exploitation coloniale et à la nature (Krämer 2013a : 103-104). Nous retrouverons une conception similaire dans le travail de Lucien Adam (1883 : 6) qui fait la part entre « langues naturelles », catégorie qui englobe les créoles, et « langues civilisées », à savoir les langues européennes comme le français. Cette conception laisse peu de place à d’autres domaines de la vie, de la réflexion ou de la production culturelle. Les normes structurelles, à l’occurrence la composition du lexique constituée dans le Manuel, reflètent ainsi les normes fonctionnelles, c’est-à-dire l’usage présumé de la langue.

Pour le lexique moins spécialisé, les exemples d’usage inclus dans le « vocabulaire » se situent souvent dans un registre plutôt soutenu : « Il semble bien que l’auteur ait le plus souvent emprunté à un dictionnaire existant ses exemples français pour les traduire ensuite en français. » (Fattier, 1797 : 264) Dans le « vocabulaire », Ducœurjoly fait valoir le français comme source primaire pour la construction lexicale du créole : « L’auteur indique au lecteur que le lexique français reste éventuellement disponible, en précisant de quelle série d’opérations on peut transformer un mot français en un mot créole (par aphérèse, prosthèse, maintien en l’état […]). » (Fattier, 1797 : 261) D’autres manières productives à élargir le lexique, internes au système créole telles que la néologie, la composition ou la dérivation, ou bien des emprunts à d’autres langues, ne sont pas mentionnées dans le Manuel. Aux niveaux grammatical, phonologique et lexico-sémantique, Ducœurjoly fait apparaître le créole comme système linguistique imparfait ou immédiatement dépendant de celui du français, perspective qui se traduit dans la graphie, mais aussi dans les structures syntaxiques, les exemples dans le « vocabulaire » et dans les tournures figées incluses dans les dialogues, souvent transposées directement du français.

4. Normes fonctionnelles du créole dans le Manuel des habitans de Saint-Domingue

Les cinq conversations fictives que Ducœurjoly inclut dans le Manuel sont organisées de manière similaire au « vocabulaire », en deux colonnes avec la version française à gauche et la traduction créole à droite. Afin de déterminer les normes fonctionnelles que l’auteur fait ressortir, il faut se demander qui parle à qui en créole et dans quel contexte communicatif. Les dialogues que l’auteur présente comme modèles d’usage du créole impliquent les personnages suivants, selon les titres des conversations :

un capitaine de navire arrivant d’Europe et un maître acconier (Ducœurjoly, 1802 : II, 357-363).
un Capitaine arrivant d’Europe, et un Charpentier de Navire, entrepreneur (363-367).
un Capitaine et des Habitans (367-376).
un Propriétaire de Sucrerie et le Nègre Commandeur de son Habitation (376-386).
un autre Propriétaire d’Habitation plantée en café, et son Nègre Commandeur (386-391).

Ce premier dialogue mène Prudent (1999 [1980] : 31) au constat que « le tout [se déroule] en créole, quoique les interlocuteurs soient des blancs ! » À propos des trois premiers spécimens, Valdman (2015 : 108) note : « It is unlikely that the captain would have had a knowledge of the Saint-Domingue vernacular. » Les conversations inventées par Ducœurjoly ont pour sujets principaux des transactions et des processus dans le commerce maritime et dans le travail forcé de l’exploitation des plantations. Ainsi, elles réduisent l’usage du créole à la communication verticale et hiérarchique, seule configuration conversationnelle pertinente pour la réalité sociale des futurs colons auxquels s’adresse l’ouvrage.

Force est de constater que le créole est associé, dans le manuel, à des groupes de la société coloniale pour lesquels la communication ne se déroule qu’occasionnellement dans cette langue ou bien dont la maîtrise de la langue semble peu probable dans la perspective de notre savoir actuel sur les structures sociales. La communication entre esclaves, et donc au sein même de la communauté créolophone qui avait peu ou pas d’accès au français, est la grande absente de cette représentation censée être « typique » de l’usage du créole, car ce type d’interaction ne reflète pas l’objectif pratique du texte pour son public cible. L’exclusion de la majorité démo-linguistique correspond par ailleurs à la logique de l’organisation du premier tome du Manuel dans la description de la société coloniale : Il comprend d’abord une présentation des « mœurs et caractère des habitans de Saint-Domingue », catégorie qui englobe, en quatre chapitres, « Créoles blancs », « Créoles blanches », « Mulâtres » et « Mulâtresses » (Ducœurjoly, 1802 : I, cxxv-cxxxviij). Ces réflexions à propos de la population privilégiée font partie de la longue introduction de l’ouvrage tandis que ce n’est que dans le texte principal que la population servile est décrite : en adoptant pleinement la perspective racialiste et essentialiste de l’anthropologie coloniale, Ducœurjoly dessine l’image prototypique du « Noir » dans un chapitre placé entre la description topographique de l’île et celle des stratégies de gestion d’une plantation. L’auteur ne mentionne pas, cependant, la signification du créole pour cette communauté, ni le rôle prééminent qu’elle a joué dans l’émergence de la langue : Ducœurjoly passe sous silence l’importance des Language Makers proprement dits du créole. À la grande différence des créolistes de la fin du xixe siècle, il ne fournit aucune explication directe du processus d’émergence du créole.

L’insertion, à la fin de l’ouvrage, d’une seule chanson, laisse la voie libre à l’interprétation subjective du lecteur : aucune information supplémentaire ne l’accompagne, à l’exception de l’indication que la chanson devra suivre l’air de « Que ne suis-je sur la fougère » (Ducœurjoly, 1802 : II, 392). La création culturelle elle-même reste sans attribution directe et la forme de la chanson n’est pas mise en relation avec les pratiques linguistiques. La signification de cet échantillon de l’usage culturel du créole est donc censée être auto-explicative. Nous retrouvons par ailleurs la chanson Lisette quitté la plaine dans bien d’autres ouvrages en tant qu’expressions « typiques » de la musique créolophone (Jenson 2005, Hazaël-Massieux 2008 : 87-106). Sa reproduction dans le texte de Ducœurjoly s’inscrit tacitement dans la stéréotypisation du créole comme une langue à musicalité « simple » et esthétiquement agréable (Krämer, 2014 : 28, 172, 201).

Si les fonctionnalités du créole englobent implicitement son usage musical, le manuel laisse supposer que Ducœurjoly lui accorde aussi une place potentielle dans l’usage écrit. Dans la troisième conversation, les deux personnages fictifs passent à la lecture d’une liste écrite de biens commerciaux, elle aussi reproduite en version française et créole. Si la forme linguistique des deux versions de la liste ne diffère guère, nous pouvons toutefois repérer quelques particularités du créole telles que la composition sans préposition de « barils bœuf » ou bien l’article agglutiné dans « paniers l’anisette » (respectivement, « barils de bœuf » et « paniers anisette » dans la liste française). Bien que la graphie du créole et la juxtaposition isolée d’éléments d’une liste laissent peu de place à la différenciation effective des deux systèmes linguistiques, Ducœurjoly accepte donc bien que le créole se prêterait à être utilisé dans ce contexte, sous forme écrite. Le manque de remarques métalinguistiques ne nous permet cependant pas d’entrevoir le potentiel réel que l’auteur aurait pu attribuer au créole en tant que langue écrite. Il est bien possible qu’il rejette, dans la logique contemporaine, son usage au-delà d’une énumération d’objets concrets pour inclure des textes plus complexes ou abstraits. Quelques décennies plus tard, Jean Turiault (1874 : 412) mettra en garde contre l’usage écrit du créole martiniquais : « Écrit, le créole n’est plus qu’une pâle photographie du créole parlé et chanté. »

Outre les domaines d’usage, acceptés ou non pour le créole, nous pouvons compter parmi les éléments des normes fonctionnelles la catégorisation terminologique et conceptionnelle de la langue en tant que telle, autrement dit, sa labellisation :

« Labels are based on norms as well. Whether or not a set of linguistic practices which is conceptionalized as “a language” or any other type of delimited entity is called by a particular glossonym depends on conventions. […] In practice, new labels can be coined both within the language community itself or from outside. » (Krämer/Vogl/Kolehmainen, 2022 : 6)

Dans le Manuel, la désignation de la langue se borne à une terminologie largement neutre. L’introduction parle de « langage créole » et de « l’idiome naturel de Saint-Domingue » tout en reléguant cependant les langues substratiques au rang de « dialectes de l’Afrique » (Ducœurjoly, 1802 : I, vj). Ducœurjoly n’emploie pas les termes péjoratifs ou hiérarchisants tels que baragouin, jargon ou patois qui seront courants dans les travaux de créolistique vers la fin du xixe siècle (Krämer, 2013 b : 60-61 ; Prudent 1799 [1980]). Ces étiquettes qui évoquent la position sociale inférieure attribuée à une entité linguistique sont absentes du Manuel.

Conclusion

Ducœurjoly documente un « créole en usage chez les locuteurs se trouvant en contact immédiat avec le français » (Fattier, 1997 : 271), et cela au niveau structurel aussi bien qu’au niveau fonctionnel. Ce n’est donc pas du tout le créole pratiqué par la grande majorité créolophone dont l’accès au français reste très limité. Dans la labellisation, dans l’usage et les groupes de locuteurs, Ducœurjoly nous présente un créole qui n’est pas du tout associé avec ceux et celles qui en font usage le plus couramment et qui sont à l’origine de son émergence. En tant que Language Maker colonial, il recrée une entité linguistique quasiment indépendante des Language Makers originaux. La description et définition des qualités structurelles et fonctionnelles se fait uniquement sur la base des besoins des non-locuteurs européens et des (futurs) colons et sans aucune participation directe de la communauté locale. Si le créole que Ducœurjoly nous présente dans son ouvrage ne constitue qu’une petite section de la réalité linguistique contemporaine, la conception qu’il se forme de la langue constituera toutefois un point de référence majeur dans l’imaginaire européen, mais aussi dans la recherche suivante.

Dans cette perspective, la vision du créole que nous trouvons dans le Manuel diffère nettement de celle présentée dans les travaux de la deuxième moitié du xixe siècle qui, eux, construisent de manière explicite un lien déterministe entre la créolisation et la prétendue infériorité de ses locuteurs. Le Manuel n’est pourtant pas moins colonial que les travaux qui suivront : « Coloniality of power underlines the geo-economic organization of the planet which articulates the modern/colonial world system and manages the colonial difference. » (Mignolo, 2000 : 53) Cette colonialité du pouvoir se fait sentir dans la totalité du Manuel des habitans de Saint-Domingue, par son existence même avec un objectif ouvertement exprimé, mais également au niveau épistémologique dans la façon dont la langue créole est présentée. La colonialité réside dans cette asymétrie imposée par la force et la violence du système esclavagiste qui revendique le droit définitoire sur l’ordre social, et donc la création de normes, y compris les normes linguistiques dans le cadre du Language Making. Le choix des exemples lexicaux dans le vocabulaire et les conversations exemplaires, placés dans le contexte de l’objectif principal de l’ouvrage, indiquent clairement que Ducœurjoly ne remet aucunement en question la durabilité du système esclavagiste et de l’exploitation coloniale. Les besoins linguistiques des futurs colons auxquels le texte devra répondre découlent de la continuation du système colonial.

Le Manuel est-il un ouvrage normatif ? Si la normativisation n’est pas l’objectif explicite du texte, les normes implicites que présente Ducœurjoly émergent de la position de l’auteur et de son aspiration d’instruire les futurs colons dans leurs pratiques sociales, dont leur manière de communiquer. La singularité de la publication comme source écrite – Fattier (1997 : 206) parle d’une « tentative isolée » – fait en sorte que les structures et les domaines d’usage sélectionnés dans le Manuel seront forcément perçus comme « typiques » et « représentatifs ». La linguistique actuelle s’interroge à propos de cette représentativité en soulevant la question de l’authenticité des données ou des éventuelles caractéristiques régionales de la variété documentée. Toutefois, en raison du faible nombre de sources historiques, la linguistique est obligée de faire usage de cette documentation pour en tirer des conclusions, avec la prudence interprétative qui s’impose, sur les structures du créole haïtien à l’aube du xixe siècle (à titre d’exemple, voir Valdman, 2005 ; M.-C. Hazaël-Massieux, 2008).

C’est ainsi que ce document se voit conférer une qualité de référence définitoire qui représente « le créole » et qui constitue donc un ouvrage de Language Making dans lequel les contours de l’entité linguistique seront définis et fixés selon la perspective du colonisateur. Les représentations épilinguistiques et les discours métalinguistiques à propos des langues créoles – et donc aussi du créole haïtien – révèlent, jusqu’à nos jours, des notions de hiérarchisation (Govain, 2021). L’insécurité linguistique persistante dans la communauté linguistique et les difficultés à mettre en œuvre une vraie reconnaissance du créole face aux langues dominantes découlent des perpétuations de ce processus de Language Making colonial, dont le travail de Ducœurjoly constitue un élément clé.

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Philipp Krämer

Vrije Universiteit Brussel
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