« Enfans de l’Amérique » : La citoyenneté dans la presse de Saint-Domingue, 17931

Aletha Stahl

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Aletha Stahl, « « Enfans de l’Amérique » : La citoyenneté dans la presse de Saint-Domingue, 1793 », Archipélies [Online], 3-4 | 2012, Online since 15 December 2012, connection on 17 April 2024. URL : https://www.archipelies.org/1606

Cette analyse de la presse saint-dominguoise de 1793 révèle des différences entre Saint-Domingue et la France relativement à l’idée de citoyenneté, tout en soulignant que la citoyenneté ici se base sur le droit français. Elle témoigne aussi de l’importance de la langue créole et montre son élaboration graphique, bien que le français reste la norme de la culture écrite dans la colonie, et elle soutient l’idée d’une conscience de la rhétoricité du langage et donc des efforts pour réinventer la société par aménagement linguistique. Le discours qui en résulte contribue à une configuration de la citoyenneté qu’on pourrait qualifier de créole.

This analysis of the Saint-Domingue press in 1793 reveals differing ideas of citizenship between Saint-Domingue and France while emphasizing that citizenship in the colony remained based in French law. It also shows the importance of the Creole language and witnesses to its graphic development even if French remained the norm for colonial written culture. It upholds the notion of an awareness of the rhetoricity of language and thus efforts to reinvent society through linguistic means. The resulting discourse contributes to a configuration of citizenship that might be called creole.

Introduction

Le 15 janvier 1793, paraît dans le Moniteur général de la partie française de Saint-Domingue, un supplément à l’«  Hymne des Marseillais », dont les couplets originels ainsi que son rôle de substitut au Te Deum dans les fêtes patriotiques ont été annoncés quelques mois auparavant.2 Dans ces nouveaux couplets, « un Créole », comme se nomme leur auteur, appelle les « enfans de l’Amérique » et les « citoyens » à s’armer contre les esclaves rebelles qu’il qualifie de « monstres », de « races perfides » et d’« assassins ». L’hymne conclut :

« Amour sacré de l’Amérique,
Conduis, soutiens nos bras vengeurs;
Que tous les esclaves d’Afrique
Regoûtent les fiers défenseurs ;
Sous les drapeaux de la victoire,
Sur nos ennemis expirans,
Célèbre par tes doux accens
Notre triomphe et notre gloire3. »

Si la reprise de l’hyperbole violente dans ces couplets lie les évènements de la colonie à ceux de la métropole, ce sont les références géographiques à l’Amérique et à l’Afrique et l’allusion au langage – « tes doux accens » – qui font que cette version imprimée dans le quotidien du Cap-Français à la fois reflète et configure les citoyens d’une manière particulière. C’est cette structuration et, si l’on peut dire, cette créolisation de la notion de la citoyenneté à Saint-Domingue qui nous intéresse ici4. Car dans la presse saint-dominguoise de cette période, on peut relever la vision d’une société de citoyens ancrée dans l’espace des Amériques, employant une langue qui n’est pas toujours le français, et – bien que ce ne soit pas le cas dans notre exemple – composée de toutes les castes et couleurs par lesquelles les habitants de la colonie se caractérisent.

Le moment clé de cette structuration d’une citoyenneté créole est l’année 1793, surtout ses six premiers mois. Dans la colonie la plus riche de France, qui deviendra à peine une décennie plus tard l’État indépendant d’Haïti, le pouvoir est en pleine évolution. L’année qui s’ouvre en métropole sur l’exécution de Louis XVI et sur la déclaration de guerre contre l’Angleterre verra encore plus d’actes de violence à Saint-Domingue, notamment lors de la Journée du 20 juin qui vit la destruction de la première ville et du premier port de la colonie : le Cap-Français. Ce tournant de la Révolution haïtienne est caractérisé par Jeremy Popkin comme l’épisode le plus meurtrier des conflits urbains de toute l’histoire des Amériques, ainsi que l’évènement le plus important de l’histoire de l’empire français d’outre-mer, tant par le choc subi que par son retentissement dans la métropole5. Mais outre cette Journée, on voit se mettre en place tout au long de l’an 1793 l’affranchissement progressif des esclaves qui aboutira à l’abolition générale du 29 août dans la partie nord, suivie peu après par la fin de l’esclavage dans toute la colonie. Ces évènements ainsi que la déportation et la fuite des colons blancs qu’ils entraînent, induisent de nouvelles alliances et un pouvoir croissant de classes auparavant moins privilégiées. La perspective d’un rétablissement de la paix, promis par l’arrivée en provenance de France, en octobre 1792, de la Deuxième Commission Civile, va s’estomper, malgré les efforts des commissaires Léger-Félicité Sonthonax et Étienne Polvérel pour réprimer la révolte des esclaves, appliquer la loi du 4 avril qui fait citoyens les gens de couleur libres et maintenir la colonie à la France contre les autres puissances européennes de la région avec lesquelles certains colons s’allient.

En plus des questions de pouvoir, cette année retient notre attention parce qu’elle est caractérisée par un débat délibéré et permanent sur ce qu’est la citoyenneté. Ce débat, résultat des bouleversements de la révolution en France et ailleurs, s’inscrit dans une politisation de la vie quotidienne qui se manifeste dans la presse par les discussions des habitants sur la langue à employer pour parler d’eux-mêmes et d’autrui — discours qui, en fin de compte, participe à la structuration d’une citoyenneté à accent créole.

1. Aperçu de la presse

La créolisation de la notion de la citoyenneté a des dimensions à la fois culturelles et politiques, car être citoyen(ne) veut dire jouir d’un statut prescrit par les lois d’un État, tout en ayant certains droits et responsabilités qui se manifestent en termes socioculturels. Ce rapprochement entre culture et politique va de pair avec le rôle de la presse à Saint-Domingue, presse qualifiée de « si rayonnante » par rapport à celle de la métropole et qui, peu après sa fondation en 1764, figurera parmi les industries intellectuelles les plus développées de la colonie6. Dans son histoire des sciences à Saint-Domingue, James E. McClellan souligne l’importance de la presse quant au développement et au caractère de Saint-Domingue7, et il faut noter que certains journaux servaient d’organes de communication officiels ou quasi officiels, comme les Affiches américaines avant la Révolution et le Moniteur général de la partie française de Saint-Domingue à l’époque qui nous intéresse8.

C’est surtout dans le Moniteur général, publié quotidiennement à partir de novembre 1791, que seront diffusés maints proclamations et rapports rédigés ou commandités par la Deuxième Commission Civile, peu après son arrivée en 1792. Fondé sur l’idée que « La liberté de la presse est pour un peuple régénéré la sauvegarde la plus efficace des droits qu’il a reconquis, des privilèges qu’il doit défendre », ce journal, comme d’autres chroniques et gazettes de l’époque, offre un espace public pour des annonces concernant l’activité du port, les réclames, telle une publicité pour une chocolaterie, les avis de recherche des esclaves marrons, pour les nouvelles de France et d’Europe, et pour des poèmes et des lettres de toute tendance politique9. Les commissaires s’en servent également pour publier les comptes rendus de la Commission Intermédiaire installée pour gouverner, et c’est à l’instauration de cette Commission que nous trouvons une première définition officielle sinon complète de la citoyenneté, qui selon elle sera « composée de citoyens, sans distinction de couleur », à un moment où les « citoyens actifs et éligibles » sont « tous les hommes libres, âgés de 25 ans, propriétaires fonciers, ou, à défaut d’une telle propriété, domiciliés dans la colonie depuis deux ans, et payant une contribution quelconque » et « les citoyens libres qui, âgés de 25 ans, auront porté les armes pour la défense de la colonie, depuis le premier septembre 1791 »10.

C’est sans doute cette notion inclusive de la citoyenneté, élaborée plus tard dans le discours du journal qui, vingt ans après, inspirera à Antoine Dalmas, ancien colon et historien, l’idée qu’à partir de l’arrivée des commissaires, « le Moniteur fut entièrement consacré à la propagation des mêmes dogmes [de l’enseignement des droits de l’homme aux esclaves] » et que « L’un des mille scribes attachés à la Commission Civile… osa publier dans cette feuille que le jour d’une grande révolution alloit enfin paroître », signalant la perte des Antilles pour l’Europe11. Si cette interprétation des intentions des commissaires et du contenu du Moniteur est exagérée, Dalmas n’a toutefois pas tort de sous-entendre l’importance de ce journal dans le développement d’un discours politique qui donne une nouvelle envergure aux droits à la citoyenneté et aux droits de la citoyenneté.

Quant à l’article auquel il se réfère, il s’agit d’une opinion publiée par Jean-Baptiste Jacques Picquenard. Ce « scribe » mérite notre attention, car il ne s’est pas contenté de son rôle provisoire de secrétaire de la Commission Civile (il sera plus tard arrêté et déporté par Sonthonax). Il fonde un journal titré L’Ami de l’égalité ou Annales républicaines, dont le prospectus date de décembre 179212. Ayant pour devise « L’égalité entre les hommes libres ou LA MORT », ce journal est clairement anticoloniste, et son éditeur y réclame à plusieurs reprises « une journée du 10 août »,13 « un creuset épuratoire » et la guillotine pour ceux qu’il juge « ennemis de la chose publique »14. Picquenard se sert du journal pour exposer devant le grand public son conflit avec le rédacteur des Affiches américaines, qu’il accuse de sentiments pro-planteurs et dont il critique le français15.

Cette critique touche aux questions de structuration de la citoyenneté. Sous la rédaction de M. Mozard jusqu’en 1791, les Affiches américaines offrent des leçons de grammaire, de politesse, et d’histoire française16. Bien qu’il ne s’agisse pas du même éditeur, l’accusation de « mauvais français » lancée par Picquenard en 1793 pourrait répondre de la même manière à une impression de condescendance classiste que donne ce journal — et dans L’Ami de l’égalité, Picquenard s’identifie clairement aux « petits blancs » contre les planteurs17 —, tout en permettant, comme le dit Yvonne Eileen Fabella des Affiches sous Mozard, aux lecteurs et aux lectrices de s’imaginer un public colonial uni par ses origines françaises, sa participation à la communauté nationale de France et sa participation à une communauté de citoyens coloniaux18.

S’il y a des parallèles entre 1791 et 1793, il y a aussi des contrepoints. Suite à la révolution qui fait de tout homme un citoyen politique en France, en 1791 l’éditeur des Affiches relance le journal avec une invitation aux lecteurs à réagir « à l’exception de qui concerne les deux classes secondaires de la population coloniale, à l’égard desquelles les auteurs de la Gazette de Saint-Domingue s’imposent le silence le plus absolu »19. L’interprétation de cette phrase faite par Fabella est pertinente : « Saint-Domingue’s free people of color, one of the “secondary classes” whose interests Mozard excluded, had forced him to state explicitly what had been implied prior to the revolution: his newspaper served the “public good,” but that “public” was white »20. Ceci n’est évidemment plus le cas en 1793. Picquenard ainsi que H. D. de Saint-Maurice, éditeur du Moniteur, disent clairement que leur public comprend les gens de couleur libres. En janvier, Saint-Maurice publie une annonce écrite par un certain Laurent Jolicoeur qui explique qu’il était « qualifié auparavant de citoyen de couleur, bien qu’il soit noir comme le blanc est blanc » ; Picquenard s’adresse directement à ceux concernés : « Citoyen de couleur, créole… »21. Même La Chronique de Saint-Marc, dont l’éditeur nous est inconnu , offre en mars un poème écrit par un nouvel affranchi22. Cet élargissement de qui est qualifié de citoyen, bien que prescrit par la loi du 4 avril, marque néanmoins une inclusion nouvelle, à la fois de facto et délibérée.

Mais il ne faut pas croire que tout le discours de la presse contribuait à la structuration d’une citoyenneté plus intégrale. Fondé en mars 1793 par Tanguy-Laboissière, planteur du sud qui venait de démissionner de la Commission Intermédiaire, Le journal des révolutions de la partie française de Saint-Domingue sert surtout de plateforme pour dénoncer les commissaires civils et promouvoir les intérêts de caste des planteurs plutôt blancs dont faisait partie son propriétaire, qui se charge lui-même de la rédaction de presque toutes les rubriques. À la fin du mois de mars cependant, il apostrophe les « Citoyens libres, de toute couleur et de toutes fonctions »23. Mais il est difficile de croire à un changement de point de vue, étant donné, comme le dit Beaubrun Ardouin, qu’il avait auparavant rédigé un journal aux Cayes « où il distillait le venin colonial contre les hommes de couleur »24. S’il semble voir de l’intérêt à s’allier, au moins provisoirement, à ceux avec lesquels il partage parfois une convergence économique à défaut de couleur, on pourrait aussi bien imaginer qu’il utilise cette adresse afin de se montrer plus « républicain » que les commissaires, positionnement qu’il prolonge quand il reprend la publication du Journal des révolutions à Philadelphie, suite à son exil en juin.

2. Une citoyenneté à accent créole

C’est contre ce fond de presse active, dans un contexte de pouvoir changeant, qu’il faut comprendre les couplets ajoutés à « La Marseillaise » cités au début de cette étude. De prime abord, l’anonymat de leur auteur — si ce n’est sa désignation : « un Créole » — va à l’encontre à la fois des usages de publication d’autres suppléments à l’hymne et de la vision, si ce n’est toujours de la pratique, de la politique éditoriale du Moniteur, détaillée dans son prospectus : « [O] n y donnera place à tous les morceaux de poésie et littérature adressés à la société et revêtus de la signature de l’auteur »25. Si l’on écarte un désir d’humilité ou un effet de timidité, cet anonymat pourrait masquer la voix refoulée d’une personne de couleur ou d’une femme qui se cacherait derrière une identité masculine par souci de respect des codes sociaux ou par peur de dévoiler ses orientations politiques. Mais dans la mesure où les couplets incluent les vers « Marchons, marchons, qu’un sang impur/Abreuve nos sillons », il est à se demander si une personne de « sang-mêlé » pourrait reprendre ces paroles, même si l’expression est tirée de l’hymne original, et ce dans la mesure où ce sont les mêmes termes qu’emploient certains blancs afin de diffamer ce groupe et justifier leur répression sociale croissante au cours des trente années précédentes26. Mais on peut spéculer sur tout, et si nous formulons cette hypothèse, c’est pour rappeler un paysage social et politique où la suprématie blanche trouve encore des supporteurs et où les femmes ne peuvent pas accéder aux pleins droits de la citoyenneté27.

Ceci dit, il y a d’autres aspects de ces nouveaux couplets qui méritent notre attention. Tout d’abord, l’adresse aux « citoyens » et aux « Créoles » crée un lien entre ces deux catégories, de sorte qu’on puisse comprendre la citoyenneté comme appartenant à ceux qui sont nés aux Amériques ou qui se considèrent du terroir. Il s’agit ici d’une revendication de quelque chose d’autre ou de plus que la citoyenneté française. Ensuite, l’allusion aux « esclaves d’Afrique » fonctionne comme une métonymie : certains esclaves sont aussi créoles — nés aux Amériques — et n’ont jamais mis le pied sur le continent, malgré le grand flux de nouveaux captifs d’Afrique en raison d’un taux de mortalité élevé. Ici, l’Afrique représente plutôt le statut social, bien que ce statut soit alors en pleine évolution. De plus, le fait qu’aucune addition à l’hymne publié dans le Moniteur n’évoque la France suggère que les auteurs se considèrent comme pris dans une lutte entre deux continents dont l’Europe reste exclue. Ceci se confirme d’une autre manière dans les couplets finaux, qui se réfèrent aux « doux accens » de « l’Amour sacré de l’Amérique ». Cette allusion au langage sert aussi de métonymie pour désigner les Créoles, indépendamment de tout statut social : la capitale culturelle du « bon » français est ailleurs, et la langue créole, création de la société créole, est aussi le premier code de communication et de pensée de presque tous les Créoles28.

Toujours dans le Moniteur, nous trouvons d’autres exemples de cette créolisation en termes de pratique langagière. Selon le numéro du 5 octobre 1792, à l’arrivée de la Deuxième Commission Civile, on organise un diner patriotique pendant lequel on présente une chanson en l’honneur des commissaires. Comme réponse aux applaudissements suite à sa performance, le compositeur fait publier une rime où il explique son incapacité à trouver les mots pour remercier son public, en disant que sa langue était sèche comme la cassave : « [L] angue à moi sech tan com cassave »29. C’est ainsi que la langue créole se trouve imprimée dans un lieu qui cible un public lettré, et la comparaison dans la rime se base sur quelque chose du terroir — la façon de préparer le manioc.

Il y a beaucoup à dire sur la représentation graphique et sur le statut du créole à l’époque. Par exemple, au cours de 1793, il y a au moins cinq proclamations qui paraissent en français et en créole et dont, pour les textes en créole, la proximité variée par rapport au français témoigne de l’inventivité de scribes différents30. Selon Jean Bernabé, puisque c’est par le biais du français qu’on accède à l’alphabétisme, le vrai impact des documents en créole doit se trouver dans leur proclamation orale31. Mais l’existence même de notre exemple, bien que réponse à une performance orale, implique quelque chose que les historiens et les linguistes n’ont que commencé à reconnaître : autant la langue créole provoque une réaction négative — de la créolophobie — chez certains colons et visiteurs de Saint-Domingue, autant il existe un phénomène contraire — de la créolophilie —, où l’on perçoit la langue comme le code marquant les initiés de la colonie32. L’instance graphique du créole ici contribue à cette créolophilie puisqu’elle valorise la langue dans le domaine de l’écrit tout en signalant aux nouveaux arrivés l’importance de l’idiome pour les habitants. Il y a bien des indications que les commissaires ont compris la leçon : Pamphile de Lacroix, officier de l’époque, commence ainsi sa liste d’accusations contre Sonthonax et Polverel : « [L] es commissaires, absorbés par les détails d’administration, perdirent le temps à prendre langue », au lieu d’atterrir au milieu des insurgés en affichant le pouvoir européen33. Il a peut-être raison, car ces commissaires iront encore plus loin pour légitimer le créole, en publiant quelques jours plus tard en cette langue une version officielle de la proclamation du 5 mai sur le traitement des esclaves34.

La réaction des éditeurs à cette proclamation révèle des attitudes différentes vis-à-vis du créole. Bien qu’on ne trouve ni exemplaire de cette version ni autre instance graphique de cette langue dans L’Ami de l’égalité, son éditeur Picquenard soutient les efforts des commissaires en parlant d’exemplaires dans les deux langues et en expliquant que celui en créole « a été traduit pour l’intelligence des nègres »35. D’ailleurs, une autre proclamation bilingue qui paraît le 2 juillet, porte son nom en tant que secrétaire adjoint de la Commission. Rien ne laisse supposer que c’est Picquenard lui-même qui aurait composé la version en créole, mais comme le note Chris Bongie pour les proclamations en général, « il est loisible de se représenter Picquenard en collaborateur actif des Commissaires plutôt qu’en simple scribe passif »36. Nous savons qu’à ce moment il avait déjà passé deux ans dans la colonie et, comme Sonthonax d’ailleurs, qu’il avait une liaison avec une femme de couleur qu’il amènera plus tard en France. À l’opposé, on trouve la réaction de l’éditeur incendiaire du Journal des révolutions. Tanguy-Laboissière écrit : « Si la proclamation d’hier en patois-nègre, n’est pas une pièce supposée [écrite ?] par les contre-révolutionnaires, si elle est vraiment émanée des commissaires civils, ou ils sont tombés dans le délire, ou ils ont voulu lever tout doute, s’il en pouvait rester encore, sur leurs intentions criminelles d’achever la désorganisation de St. Domingue ! »37. Cette réaction révèle une reconnaissance de l’importance du créole pour la population esclave ou nouvellement affranchie, ainsi que le pouvoir croissant de cette population. Mais en même temps, et en contrepoint à ce que nous voyons dans le Moniteur, elle indique un refoulement de l’idée et même du fait qu’en plus d’être la langue des « nègres », cette langue est celle de toute la colonie et jouit des mêmes capacités que le français en ce qui concerne la reconfiguration de la société. On peut aussi constater qu’il s’agit ici d’un refoulement qui s’étend bien au-delà de cette période, y compris concernant les mêmes acteurs : malgré son allusion aux « charmes et [à] la naïveté de l’idiome créole qu’il faut bien entendre », Picquenard évacuera explicitement cette langue dans deux romans qu’il écrit sur la Révolution quelques années plus tard38.

Cet intérêt porté à la langue créole témoigne, en termes plus généraux, d’une sensibilité au rôle du langage dans la structuration de la société. En France et dans la colonie, on estime que la capacité à agencer une nouvelle société se trouve dans le discours révolutionnaire. Lynn Hunt décrit ceci de cette manière :

« Rhetorical language did not simply reflect the realities of revolutionary changes and conflicts, but rather was itself transformed into an instrument of political and social change… The language itself helped shape the perception of interests and hence the development of ideologies. In other words, revolutionary political discourse was rhetorical; it was a means of persuasion, a way of reconstituting the social and political world39 ».

Nous voyons cela de façon explicite quand l’éditeur du Moniteur explique sa suppression de la qualification de « monsieur » à la fin de 1792 : « [N] ous ne faisons en cela que nous conformer à l’usage adopté généralement en France, où elle est absolument proscrite, même dans les adresses officielles au président de la convention nationale, aux ministres, aux généraux, etc., qui ne sont désignés que par la dénomination de citoyen ou patriote »40.

C’est dans la même veine que paraît dans le Moniteur, lors de l’approche de la Fête des Rois, quelques semaines plus tard, une question aux lecteurs concernant l’expression que devrait employer « un bon républicain pour désigner la personne qui, en trouvant la fève dans son morceau de gâteau, deviendra « roi » du jour. Le demandeur justifie sa question ainsi : « [C] » est en amusant les enfans, que les pères de famille et les instituteurs peuvent leur inculquer des principes conformes à ceux qui animent aujourd’hui tous les Français, et que, quoiqu’il n’y ait plus de roi, faut-il encore ne pas perdre notre part de gâteau ». Les réponses qui paraissent également dans le journal reprennent les termes humoristiques de la question : on propose, par exemple, que le mot « roi » soit remplacé par « république » ou bien qu’on nomme « le roi » mais qu’à la fin du repas, le cadet dise : « Vous n’êtes plus roi ; nous trinquerons à votre santé en tant que citoyens » suite à quoi, le roi jettera la fève au feu et embrassera tout le monde en tant qu’égaux41.

Ce ton léger, mais aussi révélateur des idées sur la citoyenneté, se répète assez souvent dans le Moniteur. À titre d’exemple, on fête l’arrivée de 1793 avec un poème adressé aux lecteurs par l’éditeur du journal, H.D. de Saint-Maurice. Vu la domination du Moniteur, surtout dans le nord, Saint-Maurice, plus que ses pairs Picquenard et Tanguy-Laboissière, exerce une certaine influence sur le discours économique, politique, et culturel de la colonie, d’autant plus qu’il se voit clairement comme acteur dans un contexte caractérisé par ce que Lynn Hunt appelle l’interaction entre des suppositions politiques inconscientes et des acteurs politisés qui agissent consciemment42. Son poème titré « Monorime », où il s’efforce de terminer cinquante-sept vers par la syllabe « -ique », fait preuve d’un chauvinisme local et révèle le sentiment dont parle Hunt. Prétendant avoir une muse prophétique, Saint-Maurice écrit :

« Sonthonax, Rochambeau dont le talent unique,
Quoiqu’en dise un fade critique
Dans une feuille emphigourique
Sous le voile patriotique,
Doit ramener en Amérique
Cette paix, ce bonheur antique,
Sont, des colons l’espoir unique. »

En plus du soutien apporté aux représentants de la France, l’éditeur fait allusion au Moniteur où son emploi de l’adjectif « emphigourique » est à la fois un geste d’autodénigrement typique de l’époque et une preuve de son érudition. Puis il appelle ses lecteurs à sortir de leur apathie pour demander à Rochambeau de ne pas poursuivre sa mission prévue à la Martinique avant d’avoir

« … rendu cet état pacifique
Dont l’habitant, jadis si magnifique,
Dans son palais, ou dans sa crique
Étalant à nos yeux le luxe asiatique,
Jouissait en faisant la nique
À ses pareils au-delà du tropique. »

Ici le narrateur joue sur l’exotisme associé aux îles — palais, crique, luxe asiatique — pour indiquer que la vie à Saint-Domingue est supérieure à celle de France. Quand un peu plus loin il parle de « la fureur plus que tragique » des esclaves africains, nous comprenons que l’économie esclavagiste reste la base non discutée du plaisir des colons, mais le choix des termes renforce l’idée que la tension dans la colonie se situe entre l’Afrique et l’Amérique43. Saint-Maurice termine le poème par un autre geste autoréférentiel, tout en demandant pardon pour le verbiage de sa muse qui, promis, sera employée dans le journal pour « l’égalité politique » et se sacrifiera « pour notre république »44. Pour résumer, c’est grâce aux tropes autoréférentiels, autodénigrants et même hagiographiques que Saint-Maurice participe à la création d’un discours politique sur la citoyenneté, qui semble mettre entre parenthèses la France tout en prenant pour acquis les efforts des représentants de l’État français et en diffusant les valeurs républicaines.

Dans son livre Before Haiti: Race and Citizenship in French Saint-Domingue, John D. Garrigus souligne que les débats métropolitains sur la citoyenneté ne sont pas valables pour Saint-Domingue, et qu’à partir des années 1770, la colonie se trouve divisée en trois par une population croissante née en Afrique, une élite ayant le sentiment d’être française, et des Créoles45. Dans ce poème, ces trois éléments sont impliqués dans un discours qui provient à la fois du contexte socioculturel de la colonie et qui structure ce contexte. Cela se voit d’autant plus dans une commémoration de l’anniversaire de la loi du 4 avril, où Saint-Maurice se réfère aux « citoyens ci-devant dits de couleur » puis aux « citoyens ci-devant dits blancs ». Cet effort de soulever de manière sardonique la question des privilèges insidieux des blancs — discrimination raciale qui, comme le montre Garrigus, se développe surtout à partir de 176946 — attire des critiques, car dans le numéro du lendemain Saint-Maurice doit s’expliquer :

« J’ai déjà annoncé dans les précédents numéros du Moniteur que j’étais dégagé de tous préjugés, et que, sans m’arrêter aux teintes que la nature a données aux hommes, je ne fais cas que de leurs vertus, et que leur physique ne pouvait en aucune manière [passage illisible], mon opinion sur leur moral. En conséquence, j’ai blâmé la manière dont on s’est exprimé plusieurs fois, en disant : les citoyens ci-devant dits de couleur, parce qu’il est impossible de nier ce qui est évidemment extant. C’est donc pour faire cesser cette manière fausse de s’exprimer, que j’ai dit aussi : les citoyens ci-devant dits blancs ; parce qu’en parlant collectivement des individus libres qui forment la population de la république, on ne doit pas se servir d’autre dénomination que de celle de CITOYENS47. »

Cet exemple du rôle du langage dans la pleine intégration sociale de tous les citoyens de Saint-Domingue révèle une structuration de la citoyenneté qui fait alors partie de l’agencement d’une société dont le vouloir et le pouvoir sont de plus en plus consciemment créoles.

C’est l’avis de l’éditeur, publié le premier janvier, qui résume le mieux cette structuration. Selon Saint-Maurice, son journal devrait commencer par un résumé de ce qui se passe en Europe, mais il traite surtout de « ce pays malheureux » où les succès des puissances éveillées et l’éveil courageux des citoyens pourraient servir de modèle à la France : « Quel spectacle à offrir à la mère-patrie, si constamment aveuglée sur le compte de ses fidèles enfans de l’Amérique, si criminellement trompée par des rapports imposteurs, qui ont, pendant si long-tems, compromis ses plus précieux intérêts ? »48. Il voit dans la promesse de nouveau secours de France, l’unification des classes dans la colonie, et dans les lois de l’égalité, des raisons inspirant espoir : « Puissions-nous n’avoir, dans le cours de cette année, qu’à raconter vos succès, votre prospérité, et à relater de nouveaux exemples de votre dévouement à la patrie, de votre attachement à ses lois et de votre constance à repousser ses ennemis et les vôtres ». Nous avons ici à la fois un amalgame entre ennemis de la France et ennemis de la colonie, de même qu’une distinction entre les deux, ce qui renforce l’idée que « la patrie » n’est pas synonyme de la colonie. Si ce discours fait preuve d’un chauvinisme français, il évoque en même temps une fierté liée surtout à la société de Saint-Domingue.

L’éditeur termine son avis en s’adressant au « sexe charmant », afin de demander aux femmes d’accorder leurs faveurs uniquement à ceux qui luttent pour leur « repos » dans la colonie ; c’est ainsi, dit-il, qu’elles inspireront aux hommes des actes d’héroïsme qui rempliraient le Moniteur et donc gagneraient une bonne opinion du journal. Rappelons cependant que si les « citoyennes » sont parfois apostrophées par la presse, on les invite à jouer un rôle bien circonscrit par rapport aux droits et responsabilités de la citoyenneté, dans la colonie aussi bien qu’en métropole. Si nous n’abordons pas la citoyenneté au féminin plus en profondeur, c’est surtout parce que les débats sur cette question dans la presse coloniale ne nous ont pas sauté aux yeux. Toutefois, il est à noter que cet exemple tiré du journal qui sert d’organe de diffusion des notices préparées par les autorités, ne va pas à l’encontre de l’argument de Elizabeth Colwill selon lequel, dans le discours des commissaires, l’invention des « citoyens » et des « nouveaux hommes » ne peut pas être distinguée de la création des familles nucléaires « légitimes » sous autorité masculine49.

La publication du Moniteur général de la partie française de Saint-Domingue s’arrête brusquement avec la destruction du Cap-Français, le 20 juin 1793. Dans un récit sur cette Journée, vraisemblablement un manuscrit rédigé quelques mois plus tard, Saint-Maurice prévoit l’émancipation générale et demande aux colons émigrés de retourner afin d’établir une nouvelle société égalitaire où les anciens esclaves seront payés pour leur travail50. Malgré l’idée paternaliste que les blancs serviraient de force civilisatrice aux nouveaux citoyens, Saint-Maurice envisage une citoyenneté plus répandue et plus créole que celle qu’il structure dans les pages du Moniteur, au début de 1793.

Conclusion

À titre de conclusion, je voudrais recadrer la question de la créolisation de la citoyenneté dans la presse saint-dominguoise en termes plus larges. Si la colonie de Saint-Domingue fonctionne comme un système multilingue caractérisé par des limites poreuses entre alphabétisme et analphabétisme, écrit et oral, français et créole — deux langues privilégiées plus que d’autres, comme le kikongo qui joue aussi un rôle dans le système51 —, alors comment ce système sert-il à la fois les revendications qui mènent au renversement des pouvoirs coloniaux et les intérêts qui prolongent l’accès inégal aux privilèges de la citoyenneté dans le nouvel État d’Haïti ? Pour répondre à cette question, il faudrait explorer plus avant le système des langues et son évolution par rapport aux jeux de pouvoir au cours de la Révolution. Notre analyse de la structuration de la citoyenneté n’est qu’une esquisse, mais elle y contribue sur plusieurs plans. Elle met en relief des différences entre Saint-Domingue et la France, tout en formulant la supposition que la citoyenneté se base sur le droit français, elle témoigne de l’importance de la langue créole et expose son élaboration graphique, même si le français reste la norme de la culture écrite, et elle soutient l’idée que dans la colonie comme en métropole, il y a une politisation de la vie quotidienne qui s’annonce surtout par une conscience de la rhétoricité du langage et donc par des efforts pour réinventer la société par l’agencement du langage. En tout cas, il est à espérer qu’une exploration plus approfondie de ces questions, à tous les moments de l’histoire d’Haïti, pourrait nous aider à mieux comprendre la structuration des injustices qui caractérisent le pays aujourd’hui — injustices liées toujours aux questions de citoyenneté, de classe et de langue — afin de contribuer, autant qu’on puisse l’envisager, à sa restructuration.

1 Une version antérieure de cet article, titrée « ‘Enfans de l’Amérique ?’ : Configuring Creole Citizenship in the Press, 1793 », a paru dans le

2 Moniteur général (désormais noté MG) III, 44, p. 174-75. Pour toute citation des journaux de l’époque, je reprends les termes et orthographe

3 MG III, 60, p. 239 (15 janvier 1793).

4 Concernant la notion de créolisation, j’adopte, avec quelques variations, la position ostensive du linguiste Michel DeGraff quant aux langues qu’on

5 You Are All Free: The Haitian Revolution and the Abolition of Slavery, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p. 2. Voir tout le livre pour

6 Jean Fouchard, Plaisirs de Saint-Domingue : Notes sur la vie sociale, littéraire et artistique. Port-au-Prince, Henri Deschamps, 1988, p. 80 ; James

7 James E. McClellan, p. 98–102.

8 James E. McClellan, p. 98. Selon la classification de la bibliothèque John Carter Brown à Brown University, Affiches américaines semble être le nom

9 MG I, p. 1, 15 novembre 1791 (prospectus).

10 MG II, p. 153, 14 octobre 1792.

11 Histoire de la révolution de Saint-Domingue, Paris, Mame Frères, 1814, p. 167 (orthographe originale).

12 Pour plus sur Picquenard, voir Chris Bongie, « Introduction », in Jean-Baptiste Picquenard, ADONIS suivi de ZOFLORA et de documents inédits. Paris

13 Jour où l’on a arrêté Louis XVI en France.

14 L’Ami de l’égalité, 19, 23 et 26 mai 1793.

15 L’Ami de l’égalité, 19 mai 1793. Quant à l’identité du rédacteur des Affiches, c’est peut-être Huard le Jeune, qui, selon la classification de la

16 Yvonne Eileen Fabella, Inventing the Creole Citizen: Race, Sexuality and the Colonial Order in Pre-Revolutionary Saint-Domingue, Dissertation

17 En plus des allusions fréquentes à la « classe dangereuse » des planteurs, dans le numéro du 19 mai 1793, il accuse les Procureurs d’habitation (

18 p. 131.

19 Cité en traduction anglaise par Yvonne Eileen Fabella, p. 138-39.

20 p. 138.

21 Cité dans Bernard Camier & Laurent Dubois, « Voltaire et Zaïre, ou le théâtre des lumières dans l’aire de l’Atlantique française », Revue d’hist

22 Jean Fouchard, p. 85. Je ne trouve pas d’autres références à cette chronique.

23 28 mars 1793.

24 Beaubrun Ardouin, Études sur l’histoire d’Haïti, Paris, Dezobry & E. Magdeleine, 1853, 2, p. 154.

25 Voir par exemple, MG, 21 janvier 1793. Ici, le « citoyen Decolland » ajoute des couplets d’éloge pour ceux qui ont pu soumettre les « brigands »

26 Pour plus d’informations sur ce sujet, voir Doris Garraway, The Libertine Colony : Creolization in the Early French Caribbean, Durham, Duke

27 On ne sait pas à quel point « La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » d’Olympe de Gouges (1791) ou d’autres revendications en

28 Sans trop entrer dans la polémique autour des origines du créole, je trouve raisonnée la position de Marie-Christine Hazaël-Massieux qui souligne

29 Je remercie Jeremy Popkin d’avoir attiré mon attention sur cette instance.

30 Pour la lecture et l’analyse de ces proclamations, on consultera Marie-Christine Hazaël-Massieux (voir note 28).

31 Jean Bernabé, « Les proclamations en créole de Sonthonax et Bonaparte : graphie, histoire et glottopolitique », in Michael L. Martin et Alain Yacou

32 George Lang, cité in Deborah Jenson, ‘Mimetic Mastery and Colonial Mimicry in the First Franco-Antillean Creole Anthology’, The Yale Journal of

33 Général Pamphile de Lacroix, La Révolution de Haïti, Éd. Pierre Pluchon, Paris, Karthala, 1995, p. 151. Cette idée va à l’encontre de l’hypothèse

34 Intitulée « Proclamation sur la discipline des ateliers ».

35 Lettre du 18 mai 1793. Je remercie Jeremy Popkin pour cette référence tirée des Archives Nationales, D XXV 47.

36 Chris Bongie, xx.

37 Lettre du 17 mai 1793. Je suis de nouveau reconnaissante à Jeremy Popkin pour cette référence tirée des AN, D XXV 47.

38 Chris Bongie, xx.

39 Politics, Culture, and Class in the French Revolution. Berkeley, University of California Press, 2004, p. 24.

40 MG III, 34.

41 MG III, 44 ; réponses III, 47, 2 janvier 1793.

42 Lynn Hunt, p. 219.

43 « [Rochambeau] réduira le MozambiqueEt tous les esclaves d’Afrique,Dont la fureur plus que tragiqueAvec raison te rend mélancolique. MG III, 46.

44 Dans sa feuille périodiqueQui, chez Batilliot se fabrique, Elle sera toujours très-véridique ;Pour l’égalité politiqueElle emploiera sa rhétorique

Pour plus sur l’auto-référentialité, voir Alain Nabarra, « Le journalisme à la recherche de lui-même au XVIIIe siècle : les modalités de l’information

45 New York, NY : Palgrave Macmillan, 2006, 150, 194. Je remercie Elizabeth Colwill de m’avoir rappelé où cette idée avait déjà été élaborée.

46 John D. Garrigus, p. 311.

47 MG III, 140, 5 April 1793.

48 MG III, 46.

49 ‘“Fêtes de l’Hymen, Fêtes de la Liberté”: Marriage, Manhood, and Emancipation in Revolutionary Saint-Domingue’, in David Patrick Geggus & Nor

50 Jeremy D. Popkin, Facing Racial Revolution, Chicago, University of Chicago Press, 2008, p. 185, 206-07.

51 Pour l’importance du kikongo dans la colonie, voir John Thornton, Africa and Africans in the making of the Atlantic world, 1400–1800, Cambridge UK

Sources anciennes

affiches américaines.

Picquenard, Jean-Baptiste Jacques (éd), L’Ami de l’égalité ou Annales républicaines.

Picquenard, Jean-Baptiste Jacques, Lettre du 18 mai 1793, Archives Nationales D XXV 47.

Saint-Maurice, H. de (éd), Moniteur général de la partie française de Saint-Domingue.

Tanguy de Laboissière, C.C., Lettre du 17 mai 1793, Archives Nationales D XXV 47.

Bibliographie

Ardouin, Beaubrun, 1853, Études sur l’histoire d’Haïti, Paris, Dezobry & E. Magdeleine.

Bernabé, Jean, 1989, « Les proclamations en créole de Sonthonax et Bonaparte : graphie, histoire, et glottopolitique », in Michael L. Martin & Alain Yacou (éds), De la Révolution française aux révolutions créoles et nègres, Paris, Éditions Caribéennes, p. 135-150.

Bongie, Chris, 2006, ‘Introduction’, in Jean-Baptiste Picquenard, ADONIS suivi de ZOFLORA et de documents inédits, Paris, L’Harmattan.

Camier, Bernard & Dubois Laurent, 2007, « Voltaire et Zaïre, ou le théâtre des lumières dans l’aire de l’Atlantique française », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 4, 54-4, p. 39-69.

Colwill Elizabeth, 2009, ‘“Fêtes de l’Hymen, Fêtes de la Liberté”: Marriage, Manhood, and Emancipation in Revolutionary Saint-Domingue’, in David Patrick Geggus & Norman Fiering (éds), The World of the Haitian Revolution, Bloomington, Indiana University Press, p. 125–155.

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Fouchard, Jean, 1988, Plaisirs de Saint-Domingue : Notes sur la vie sociale, littéraire et artistique, Port-au-Prince, Henri Deschamps.

Garraway, Doris, 2005, The Libertine Colony: Creolization in the Early French Caribbean, Durham, Duke University Press.

Garrigus, John D., 2006, Before Haiti: Race and Citizenship in French Saint-Domingue, New York, NY, Palgrave Macmillan.

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Popkin, Jeremy D., 2008, Facing Racial Revolution, Chicago, University of Chicago Press.

Popkin, Jeremy D., 2010, You Are All Free: The Haitian Revolution and the Abolition of Slavery, Cambridge, UK, Cambridge University Press.

Thornton, John, 1998, Africa and Africans in the making of the Atlantic world, 1400–1800, Cambridge, UK, Cambridge University Press.

1 Une version antérieure de cet article, titrée « ‘Enfans de l’Amérique ?’ : Configuring Creole Citizenship in the Press, 1793 », a paru dans le Journal of Haitian Studies, 15, 2010, p. 168-179.

2 Moniteur général (désormais noté MG) III, 44, p. 174-75. Pour toute citation des journaux de l’époque, je reprends les termes et orthographe originaux.

3 MG III, 60, p. 239 (15 janvier 1793).

4 Concernant la notion de créolisation, j’adopte, avec quelques variations, la position ostensive du linguiste Michel DeGraff quant aux langues qu’on appelle créoles, en définissant la « créolisation » comme un processus de localisation du langage et de pratiques culturelles dans des communautés récemment créées – communautés dites « créoles » – sur et autour des plantations à esclaves du Nouveau Monde, du XVIIe au XIXe siècle. Michel DeGraff, « Linguists’ most dangerous myth: The fallacy of Creole Exceptionalism », Language in Society, 34, 2005, p. 533-591.

5 You Are All Free: The Haitian Revolution and the Abolition of Slavery, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p. 2. Voir tout le livre pour les détails de cette journée et ses conséquences.

6 Jean Fouchard, Plaisirs de Saint-Domingue : Notes sur la vie sociale, littéraire et artistique. Port-au-Prince, Henri Deschamps, 1988, p. 80 ; James E. McClellan, Colonialism and Science: Saint-Domingue in the Old Regime, Baltimore and London, John Hopkins UP, 1992, p. 98.

7 James E. McClellan, p. 98–102.

8 James E. McClellan, p. 98. Selon la classification de la bibliothèque John Carter Brown à Brown University, Affiches américaines semble être le nom d’usage du journal rédigé par M. Mozard qui paraît sous le titre Gazette de Saint-Domingue. John Carter Brown Library – Haïti Collection : http://www.archive.org/details/gazettedesaintdo00moza (Consulté le 16 juin 2011). Ce site permet le téléchargement et la lecture d’une partie du journal.

9 MG I, p. 1, 15 novembre 1791 (prospectus).

10 MG II, p. 153, 14 octobre 1792.

11 Histoire de la révolution de Saint-Domingue, Paris, Mame Frères, 1814, p. 167 (orthographe originale).

12 Pour plus sur Picquenard, voir Chris Bongie, « Introduction », in Jean-Baptiste Picquenard, ADONIS suivi de ZOFLORA et de documents inédits. Paris, L’Harmattan, 2006. Selon Bongie, L’Ami de l’égalité « peut prétendre être le journal le plus vivant publié à Saint-Domingue pendant la Révolution haïtienne » (xi). Certes, Picquenard témoigne d’un grand dynamisme, mais le Moniteur, par sa diffusion, la diversité de ses débats et le nombre de ceux qui y participent, reste la publication dominante ».

13 Jour où l’on a arrêté Louis XVI en France.

14 L’Ami de l’égalité, 19, 23 et 26 mai 1793.

15 L’Ami de l’égalité, 19 mai 1793. Quant à l’identité du rédacteur des Affiches, c’est peut-être Huard le Jeune, qui, selon la classification de la bibliothèque John Carter Brown, a pris la relève de M. Mozard (voir note 8).

16 Yvonne Eileen Fabella, Inventing the Creole Citizen: Race, Sexuality and the Colonial Order in Pre-Revolutionary Saint-Domingue, Dissertation, Stony Brook University, December 2008, p. 125.

17 En plus des allusions fréquentes à la « classe dangereuse » des planteurs, dans le numéro du 19 mai 1793, il accuse les Procureurs d’habitation (administrateurs en lieu et place de propriétaires absents) d’avoir donné le nom de « petits blancs » aux gérants (ou économes) pauvres, et d’avoir imité les grands planteurs.

18 p. 131.

19 Cité en traduction anglaise par Yvonne Eileen Fabella, p. 138-39.

20 p. 138.

21 Cité dans Bernard Camier & Laurent Dubois, « Voltaire et Zaïre, ou le théâtre des lumières dans l’aire de l’Atlantique française », Revue d’histoire moderne et contemporaine, 2007, 4, 54-4, p. 39-69. Dans cet article, les auteurs admettent la possibilité que l’annonce soit inventée, mais donnent des arguments en faveur de sa véracité. L’Ami de l’égalité, 16 mai 1793.

22 Jean Fouchard, p. 85. Je ne trouve pas d’autres références à cette chronique.

23 28 mars 1793.

24 Beaubrun Ardouin, Études sur l’histoire d’Haïti, Paris, Dezobry & E. Magdeleine, 1853, 2, p. 154.

25 Voir par exemple, MG, 21 janvier 1793. Ici, le « citoyen Decolland » ajoute des couplets d’éloge pour ceux qui ont pu soumettre les « brigands » Biassou et Jean-François.

26 Pour plus d’informations sur ce sujet, voir Doris Garraway, The Libertine Colony : Creolization in the Early French Caribbean, Durham, Duke University Press, 2005.

27 On ne sait pas à quel point « La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » d’Olympe de Gouges (1791) ou d’autres revendications en faveur des femmes apparaissent ou sont diffusées dans la colonie.

28 Sans trop entrer dans la polémique autour des origines du créole, je trouve raisonnée la position de Marie-Christine Hazaël-Massieux qui souligne la source française sans pour autant nier les influences africaines, jusqu’ici peu ou mal analysées, et qui reconnaît l’imitation linguistique mutuelle des esclaves, maîtres, missionnaires, marchands, artisans, etc., au cours des siècles. Voir Textes anciens en créole français de la Caraïbe : Histoire et analyse, Paris, Éditions Publibook, 2008. Me semblent également valides, les arguments de Michel DeGraff contre la notion « d’exceptionnalisme créole », notion selon laquelle les créoles constituent une classe dont les traits diachroniques et synchroniques sont exceptionnels et anormaux par rapport à d’autres classes de langues (voir note 4).

29 Je remercie Jeremy Popkin d’avoir attiré mon attention sur cette instance.

30 Pour la lecture et l’analyse de ces proclamations, on consultera Marie-Christine Hazaël-Massieux (voir note 28).

31 Jean Bernabé, « Les proclamations en créole de Sonthonax et Bonaparte : graphie, histoire et glottopolitique », in Michael L. Martin et Alain Yacou (éds.), De la Révolution française aux révolutions créoles et nègres, Paris, Éditions Caribéennes, 1989, p. 135-150.

32 George Lang, cité in Deborah Jenson, ‘Mimetic Mastery and Colonial Mimicry in the First Franco-Antillean Creole Anthology’, The Yale Journal of Criticism 17, 1, 2004, p. 93.

33 Général Pamphile de Lacroix, La Révolution de Haïti, Éd. Pierre Pluchon, Paris, Karthala, 1995, p. 151. Cette idée va à l’encontre de l’hypothèse de Jean Bernabé selon laquelle Sonthonax n’avait aucune compétence en créole (« Les proclamations », p. 138). Selon Bernabé, Sonthonax n’aurait pas pu jouer le rôle d’énonciateur des proclamations en créole. Une étude plus approfondie des liens personnels de Sonthonax ainsi que l’existence d’un continuum entre ce créole à base lexicale française et le (ou les) français, laissent supposer que Pamphile de Lacroix n’a pas tort en ce qui concerne l’initiation de Sonthonax à cette langue. Reste que l’emploi de scribes et le niveau de compétence linguistique requis pour rédiger cette proclamation suggèrent que Bernabé est fondé à mettre en question les compétences linguistiques du Commissaire.

34 Intitulée « Proclamation sur la discipline des ateliers ».

35 Lettre du 18 mai 1793. Je remercie Jeremy Popkin pour cette référence tirée des Archives Nationales, D XXV 47.

36 Chris Bongie, xx.

37 Lettre du 17 mai 1793. Je suis de nouveau reconnaissante à Jeremy Popkin pour cette référence tirée des AN, D XXV 47.

38 Chris Bongie, xx.

39 Politics, Culture, and Class in the French Revolution. Berkeley, University of California Press, 2004, p. 24.

40 MG III, 34.

41 MG III, 44 ; réponses III, 47, 2 janvier 1793.

42 Lynn Hunt, p. 219.

43 « [Rochambeau] réduira le Mozambique
Et tous les esclaves d’Afrique,
Dont la fureur plus que tragique
Avec raison te rend mélancolique. MG III, 46.

44 Dans sa feuille périodique
Qui, chez Batilliot se fabrique,
Elle sera toujours très-véridique ;
Pour l’égalité politique
Elle emploiera sa rhétorique,
Et goûtera le plaisir Angélique
De se sacrifier pour notre république ». MG III, 46.

Pour plus sur l’auto-référentialité, voir Alain Nabarra, « Le journalisme à la recherche de lui-même au XVIIIe siècle : les modalités de l’information », Cahiers de l’Association internationale des études françaises, 48, 1996, p. 21-41. Bien des idées de ce traitement de la presse d’avant 1789 s’appliquent à notre période.

45 New York, NY : Palgrave Macmillan, 2006, 150, 194. Je remercie Elizabeth Colwill de m’avoir rappelé où cette idée avait déjà été élaborée.

46 John D. Garrigus, p. 311.

47 MG III, 140, 5 April 1793.

48 MG III, 46.

49 ‘“Fêtes de l’Hymen, Fêtes de la Liberté”: Marriage, Manhood, and Emancipation in Revolutionary Saint-Domingue’, in David Patrick Geggus & Norman Fiering (éds), The World of the Haitian Revolution, Bloomington, Indiana University Press, 2009, p. 125–155.

50 Jeremy D. Popkin, Facing Racial Revolution, Chicago, University of Chicago Press, 2008, p. 185, 206-07.

51 Pour l’importance du kikongo dans la colonie, voir John Thornton, Africa and Africans in the making of the Atlantic world, 1400–1800, Cambridge UK, New York NY & Melbourne, AU, Cambridge University Press, 1998, p. 321. Cependant, il ne faut pas supposer que le kikongo d’aujourd’hui soit celui parlé au XVIIIe siècle, ni qu’il s’agit d’une seule et même langue apportée dans son intégrité par les captifs africains depuis le continent.

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