Entretien avec Raphaël Confiant / Bokantaj pawòl épi Afarèl Konfyan

Laura Carvigan-Cassin

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Laura Carvigan-Cassin, « Entretien avec Raphaël Confiant / Bokantaj pawòl épi Afarèl Konfyan », Archipélies [Online], 11-12 | 2021, Online since 15 December 2021, connection on 25 January 2022. URL : https://www.archipelies.org/1143

Lora Kavigan-Kasen : Misyé Afarèl Konfyan, byenbonjou. Évè près senkant woman a-w ki parèt adan anlo é bèl kaz a édisyon, ki sé fransé, ki sé lakarayib, ki sé a lentewnasyonnal, èvè tousa liv a-w ki ka vann toubònman, ès ou pé di nou jodijou ka-y ka fè moun enmé li liv a-w konsa ?1

Raphaël Confiant : Dabò-pou-yonn, ni on biten fok pa moun bliyé2 : j’ai publié mes cinq premiers livres (à compter de 1979) uniquement en créole, et ceux-ci n’ont eu aucun écho. Pon moun pa té ké lévé mwen di gad !3 Aux yeux du microcosme littéraire antillais, je n’étais même pas un écrivain. Il a fallu que je passe au français en 1988 avec Le Nègre et l’Amiral (éditions Grasset) et qu’il obtienne un certain succès en France pour qu’ici, chez nous, on me prenne au sérieux. An pa ka akizé pon moun !4 Il n’existe pas de champ littéraire antillais (au sens bourdieusien) autonome ni même de champ littéraire francophone puisque Québécois, Belges, Suisses, Négro-Africains, Maghrébins, etc. ne rêvent que d’une chose : être édités à Paris. Cela n’a jamais été mon rêve et d’ailleurs, quand je me suis décidé à écrire en français, je ne connaissais aucun éditeur parisien ni même leurs adresses. À l’époque, Internet n’existait pas encore et j’ai expédié mon manuscrit par voie postale à onze éditeurs dont j’avais trouvé l’adresse dans un annuaire téléphonique parisien que m’avait rapporté un ami martiniquais vivant à Paris. Je ne savais même pas non plus que les grands éditeurs parisiens recevaient entre 2 000 et 3 000 manuscrits par an et qu’il n’en retenaient que trois ou quatre. Si ou vwè an té sav sa, an pa té ké voyé hak ba yo !5 Neuf éditeurs ont refusé mon premier manuscrit, à savoir Eau de café, un l’a acepté en me demandant d’en modifier un chapitre, et un autre l’a accepté tel quel : Grasset et son directeur littéraire Yves Berger. Ce dernier m’a alors dit qu’Eau de café était trop complexe pour un premier roman. Je lui ai alors proposé Le Nègre et l’Amiral, que j’ai écrit en sept mois.

Dènyé liv a-w, La muse ténébreuse de Charles Baudelaire, ka fè nou vwè ka-y pasé ant sélèb poèt senbolis-la é enspiratis a-y, on Vénis nwè kè gran jan a-y, gran chivé a-y, pawfen a-y, lenj a-y, maché a-y kon sewpan ka dansé, enspiré pi bèl poèm a Poèt Modi la. Mè plis ankò, liv-la ka montré fòs a kréyolité a Jàn Duval, ki té on mwatyé nègrès ki té sòti pétèt Ayiti, èk penti évè litérati diznévièm sièk la Anfrans. Istwa a-yo ka fèt Pari, ès sa vlé di kréyolité-la vin pi globalizan ? Ès sa vlé di ou pa anté, intérésé ankò pa Matinik sèlman, é ès sa vlé di litérati an nou ka vin pi granmoun, pou woupran sa ou té ka déklaré adan on bokantaj pawòl an 2008 ?6

En fait, je n’ai jamais été hanté par le lieu. Si la Martinique est leur ancrage premier, mes personnages évoluent dans le Tout-Monde, comme dit Glissant. An pa fèmé adan pon kaloj a kok ! Dayè, si ou vwè ni on biten an hay, sé joué adan lonbrik an nou7. Par exemple, certains de mes personnages font la guerre en France (Le Nègre et L’Amiral, Le Bataillon créole), en Guadeloupe (L’Archet du colonel) ou au Mexique (L’épopée mexicaine de Romulus Bonaventure). D’autres sont présentés d’abord dans leur terre d’origine : l’Inde pour La Panse du chacal, la Chine pour Case à Chine ou la Syrie pour Rue des Syriens. Et dans Nègre-Marron, l’Afrique est omniprésente. Mon livre sur Gauguin, Le Barbare enchanté, se déroule pour partie au Panama. S’agissant de La Muse ténébreuse de Charles Baudelaire, si Paris est au centre du récit, Haïti, l’île Maurice et la Réunion sont égalements très présents. La Martinique, comme la Guadeloupe, sont des lieux-monde. Lè on makè an nou ka rakonté on biten, i pé pa pa palé dè dot péyi !8 Mon récent roman, Du Morne-des-Esses au djebel, traite ainsi de la guerre d’Algérie. C’est ce qui différencie les auteurs de la Créolité de ceux de la Négritude chez lesquels seule l’Afrique est présente. En arrière-plan d’ailleurs ! Tout en s’étant voulu universelle, la littérature de la Négritude m’apparaît comme très antillano et guyano-centrée : Césaire, Zobel, Damas, Tirolien, etc.

Davwa woman-désen a Élizabèt Kolonba épi Oréli Lévi, Queenie, la marraine de Harlem, kay parèt an mwa dout 2021, jounal Le Monde ka envité lèktè a-y a li woman a-w asi rèn kréyòl a mafia mériken, Madame Saint-Clair, Reine de Harlem. Ka ou touvé entérésan konsa adan konportasyon oben istwa a chèf dè gang lasa ki rivé trapé siksé ?9

J’ai découvert Stéphanie par pur hasard. Sur le Net ! Et figurez-vous que j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’un fake. Ki jan on jenn fanm ki té sòti Matinik té pé vin chef a lamafia adan kartié Harlem ? Sa té ka sanm mwen toutafetman enposib ! Kifè, an pa okipé dè istwa-lasa pannan pliziè lanné.10 Et puis, un jour, toujours par hasard, je lis le dictionnaire des gangsters noirs américains et tombe à nouveau sur elle et sur la description de ses exploits. Je suis alors sidéré ! Je continue mes recherches et découvre une personnalité extraordinaire. On mal-fanm ! On majorin, kon nou ka di Matinik11. Je vérifie d’abord s’il n’y aurait pas un roman, en anglais, qui la camperait comme personnage principal. Rien ! Ni en français non plus. Je décide alors de raconter sa vie. Stéphanie, outre le fait qu’elle soit une guerrière, m’a séduit parce qu’elle ne s’est jamais enfermée dans une seule identité. Au début de son apprentissage de mafieuse, elle est affiliée à un gang irlandais et apprend un peu de gaélique ; puis à un gang italien (on est à l’époque du célèbre Al Capone) et se met alors à l’italien, tout cela en apprenant l’anglais qu’elle ne maitrisait pas du tout à son arrivée à New York en ce tout début du XXe siècle. Mé sa ki pi bel, sa ki pi fò, sé kè i pa jen éséyé vin on Nègres mérikèn. I toujou gadé aksan a’y ki dwet té on aksan kréyol mé ki moun té ka pwan pou on aksan fwansé12. Cet accent est bien reproduit dans les quelques films où son personnage apparaît. Cela ne l’a pas empêché de participer au combat des Noirs américains contre la ségrégation raciale et de fréquenter quelqu’un comme Du Bois. J’avoue ne pas toujours bien comprendre comment une jeune femme noire, originaire de cette minuscule colonie qu’était la Martinique, a réussi à devenir le chef de la loterie clandestine de Harlem. Déparfwa, ni dé sèten biten ou pé pa espliké !13

Sa ou ka di asi on gran fanm gangstè ki rivé gannyé pas i té entélijan, ka montré potalans a fanm adan sa ou ka maké. Lè ou ka vwè kijan Èstéfani Sen-klèr koupé èvè on razwa grenn a on majò ki té bay on kalòt, lè ou ka vrè kijan Antiliya ka pran nonm jan i vlé adan Eau de Café, é menm jan ba Jistin adan Commandeur du sucre, lè ou ka vrè tousa fanm-matado ki adan sé liv a-w la, moun andwa mandé ès fòs a tout sé fanm-lasa, libèté yo ka démontré, sé on akt politik ? Ès sa ou vlé fè, sé chanjé mantalité a moun oben ban-nou vwè on dòt jan fanm kréyòl ? Afarèl Konfyan, ès ou sé on féminis ?14

Votre question m’étonne car je suis décrit par des universitaires nord-américains, sutout du sexe féminin, comme un affreux machiste, voire un phallocrate. Ba sé moun-lasa, liv a Lakréyolité sé liv ka méprizé fanm !15 Ce que ces augustes analystes ne comprennent pas, c’est que nous décrivons une société, celle de l’Habitation (ou plantation de canne à sucre) dans laquelle la violence sexiste est omniprésente. Toutes les femmes, qu’elles soient noires, chabines, mulâtresses, indiennes et autres sont une proie d’abord pour le Maitre Béké et ensuite pour les hommes dits « de couleur ». L’amour au sens Tristan et Yseult du terme n’existe pas dans pareille société, au sein de laquelle, d’ailleurs, aucun homme ne dit à une femme « Je t’aime » mais bien « An kontan vou/Man kontan’w » (Je suis content de toi). Il ne dit pas non plus qu’une femme est belle mais kosto (bien en chair), appréciation typique des sociétés paysannes dans lesquelles la force de travail et la santé sont davantage valorisées que la sveltesse ou la joliesse du visage. Les auteurs de la Créolité constituent la dernière, l’ultime génération de la société de plantation qui a duré de 1660 à 1960, moment où elle va s’effondrer. Mettre donc en scène un amour fleur bleue au sein d’une telle société serait à la fois ridicule et en porte-à-faux par rapport à la réalité historique. Mais, au sein de ce déni d’humanité que subissent les femmes, il y en a qui résistent, qui se battent, qui se révoltent parfois et j’aime à les camper dans mes romans. Je n’essaie donc nullement de changer les mentalités, de lutter contre le machisme insulaire et ne suis pas féministe. Je décris une réalité historique. Rien de plus !

Sèks adan woman a-w ni on gran potalans (palé-la rèd, sé zimaj-la ni onlo fòs) é sa ka fè moun ka rèkonèt èstil a maké a-w, é osi sa ka rann sé istwa-la pli pré a réyalité kréyòl-la. Ou pa pè sa moun ka di, ka pansé. Ou pa pè labyen pansans é ou jik twouvé mwayen préfasé sèl woman pòwno antiyé ki ti ni : Une nuit d’orgie à Saint-Pierre, dè Èf Jéach. Ès pwojè a-w sé ba on valè èstétik, senbolik ou idéolojik a sèksyalité adan litérati ?16

Le regretté créoliste qu’était Jean Bernabé, a démontré que le noyau du lexique du créole s’est constitué autour de la sexualité : kal-a-zié/kal-zié signifie « paupière » et « kal » signifie « pénis » ; koukoun-lanmè signifie « anémone de mer » et koukoun « le vagin » etc… Sans même parler des lexèmes désignant l’acte sexuel, tous liés à une brutalité, une violence inouïe : koké, krazé, koupé, dékatjé, dékoukouné etc… À quoi cela est-il dû ? Simplement au fait qu’historiquement, la domination coloniale envers les Caraïbes ou Kalinagos, puis la domination esclavagiste envers les Noirs et enfin la domination post-esclavagiste envers les Indiens est d’abord et avant tout une domination sexuelle. Il faut se rappeler qu’au XVIIe et même au XVIIIe, les colons blancs manquaient cruellement de femmes et on ne compte pas leurs missives aux rois de France, les suppliant de leur envoyer des femmes. Comme aucune femme blanche à l’époque n’était assez folle pour embarquer de son plein gré pour un voyage d’un mois et demi à travers l’Atlantique, cela au sein d’équipages composés pour beaucoup de repris de justice et de malandrins, lesdits rois étaient contraints de faire rafler des jeunes filles dans les orphelinats ou des prostituées sur les quais de Nantes, La Rochelle ou Bordeaux afin de les expédier de force « aux Isles françoises de l’Amérique ». Mais de toute évidence, cela ne suffisait pas et les colons se rabattirent sur les femmes amérindiennes, puis noires et enfin indiennes. Femmes qu’ils méprisaient puisqu’appartenant à des « races » jugées « inférieures » ! Les romans de la Créolité ne font donc que décrire cette réalité et il ne faut y voir ni une provocation ni une volonté de faire dans l’exotisme ni une obsession de la sexualité. Nous n’avons commencé à dire « Je t’aime », nous, les hommes antillais, qu’au moment où est apparu le « zouk-love » au début des années 90. Autrement dit, hier ! Mais en dépit de cette évolution, on voit peu d’Antillais qui s’embrassent sur la bouche en public comme en Europe et en Amérique du Nord, ou qui se tiennent par la main lorsqu’ils marchent dans la rue. Mes romans ne font que refléter la réalité des rapports entre hommes et femmes dans nos pays.

Afarèl Konfyan, ès sa ou vlé adan liv a-w, sé montré tousa ka fèt adan sé péyi an nou la ?17

Tout moun savé kè lesklavaj chèché fè nou obliyé la nou té sòti, ki moun nou té yé. Lè Neg Lafrik la té ka débaké Matinik oben Gwadloup, i té pres toutouni.18 C’est ce que Glissant a appelé « le migrant nu ». Fort heureusement, il a pu se reconstruire peu à peu grâce à la mémoire du Pays d’Avant et c’est ainsi que nous avons réussi à conserver la musique, les contes, la pharmacopée, etc. Évidemment, dans ce maëlstrom que fut l’Habitation esclavagiste, les souvenirs d’Afrique se sont mélangés avec les restes de culture amérindienne, à la culture française imposée, aux rites hindous plus tard et c’est tout cela qui a fini par aboutir à cette culture que nous appelons « créole ». J’en profite pour rappeler que ce terme vient du latin « creare » qui signifie « créer ». Nous nous sommes créés, recréés plus exactement, au beau mitan du plus effroyablement déshumanisant des systèmes, celui de la Traite et de l’esclavage. Cette recréation s’est faite au prix d’oublis ou de transformations si radicales qu’elles équivalent à des ratures. En tant que romancier, j’ai toujours cherché à recoudre nos mémoires, à révéler l’en-dessous de celles-ci, leurs non-dits. A pa on biten ki fasil davwa lékol é linivèsité fwansé la pa jen palé dè sa. Sé enki dépi kek lanné, yo asepté met istwa an nou é lang kréyol la adan sé pwogram-la.19

Ou ka maké ba tout moun ka palé fransé (ki sé Kébékwa, ki sé Suis, ki sé Magrében, ki sé Afriken), mé yo ka mofwazé liv a-w adan onlo lang osi. Kijan ou ka èkspliké dé moun ki an End, ki an Anglètè, ki an Almàn, ki o Japon, ka vlé li istwa ki ka pasé Mòn Pichven, Senpyè, eksétéra, oben ki ka prézanté on mannyè vwè antiyé ?20

J’ai horreur du nombrilisme et du nationalisme étriqué. Mes cinq premiers livres, tous en créole, ne sont absolument pas écrits en créole martiniquais mais en « pan-créole » autrement dit, un créole qui s’efforce d’emprunter à tous les autres créoles chaque fois que je l’estimais nécessaire. Ou alors simplement par goût : je préfère mille fois le joli lenbé (guadeloupéen) à l’affreux gwo-pwel21 martiniquais. Quand j’écris en français, c’est exactement pareil ! J’ai horreur de lire, sous la plume d’analystes pourtant avertis, que j’écris « en français régional antillais » ou « en français créolisé ». J’emprunte tout autant au créole qu’aux dialectes d’oïl (normand, poitevin, vendéen etc.) qui, soit dit en passant, ont contribué avec les langues africaines telles l’éwé ou le fon, cela sur un soubassement améridien, à donner naissance au créole. Ce n’est pas de ma faute si nombre d’universitaires français et de journalistes ignorent leur propre langue. Désolé mais « bedondaine », « valetaille », « heureuseté », « mésardeur », « impécunieux », « décesser », « prendre la discampette », « en un virement de main », « jacassier », « gourgandiner » etc., c’est du français, pas du créole ! Ensuite, j’invente des mots, je crée des néologismes aussi : « véhémenter », « ribaudaille » etc. J’emprunte parfois au québécois (« tomber en amour », « chacun dans sa chacunière »), au français suisse, belge, maghrébin et négro-africain aussi. Bref, j’invente une sorte de « français global » qui n’est aucunement du français régional antillais ou créolisé. Sinon, me demandez-vous, pourquoi des lecteurs d’Allemagne, des États-Unis, d’Italie ou du Japon s’intéressent-ils à mes livres ou plus exactement, aux traductions de ces derniers dans leurs langues. Je n’en sais rien et, à la vérité, préfère ne pas le savoir. Pourquoi ? Parce que, par exemple, j’ai des livres traduits en grec moderne et en japonais et je me demande comment les traducteurs ont fait puisqu’ils ne connaissent ni le créole ni les langues d’oïl ni les français québécois, belge ou africain ? Ces traducteurs ont appris le français standard et seulement lui. Antonine Maillet, Québécoise et Prix Goncourt pour son magnifique roman Pélagie-la-charrette, me disait avec humour : « Dans Rabelais, il y avait 100 000 mots et dans Racine, seulement 5.000. Où sont passés les 95 000 manquants ? Au Québec, en Haïti et dans les Petites Antilles, pardi ! ».

Ou sé on makè a liv ki ja dénonsé onlo biten, ki ja goumé ba onlo lidé. Ki sé zafè klòwdékòn-la ki pwazonné tè-la, ki sé zafè a dékolonizasyon-la, asimilasyon-la, endépandans-la. Ou ja défann onlo kòz a matiniké é gwadloupéyen. Alè ki yé la, ka-y ka révòlté-w ? É ès ou ka konsidéré on nonm a kilti ou on makè ni on rèsponsabilité ?22

Hou là ! Vous me présentez comme un « indigné » au sens « woke » du terme, or j’ai horreur de cette « hystérisation scénarisée de l’indignation » qui est l’exacte traduction de « woke ». J’ai simplement tenté de lutter contre des injustices : l’injustice triséculaire faite à la langue créole, la bêtise assimilationniste, l’enfermement mortifère dans le statut de territoire d’Outre-mer, l’empoisonnement de nos terres agricoles par ce pesticide cancérogène qu’est le chlordécone, etc. Je n’aurais pas été écrivain que j’aurais mené exactement les mêmes combats. Je ne pense pas qu’un homme de culture, comme vous dîtes, a une responsabilité particulière. Ma littérature n’est pas du tout une « littérature engagée », au sens marxiste du terme. Un écrivain ne doit pas se sentir davantage responsable qu’un avocat, un médecin, un agriculteur, un pharmacien, un mécanicien ou une infirmière. Je ne crois pas au rôle messianique des écrivains, même si certains comme Césaire ont pu l’endosser avec brio. An pa tini pon lèson pou ba pon moun ! An ka maké sa an ka santi fo an maké é apré, sé lektè-la ki pou jijé. Sé li ki met !23

Ka-y motivé angajman a-w ba kréyòl-la ? An konté onlo aksyon ou fè ba lang kréyòl-la : ni sé woman an kréyòl-la (yo ka jis tradui yo konyéla), ni travo wouchach adan GEREC èvè Jan Bènabé, ni konba-la pou CAPES kréyòl la ki touvé bout an 2002, tousa ou ka fè lè i ni simèn oben jouné ka mèt kréyòl-la wo, tout awtik ou maké… ka-y fè ou té vlé goumé konsa ba lang-la ?24

Lè an té timoun, an lévé lakanpay komin Loren, ki asi kot atlantik a Matinik25. Mon arrière-grand-père et mon grand-père possédaient une petite distillerie qui a fermé au début des années cinquante, comme la plupart des petites distilleries « mulâtres » de l’époque. Même si nous parlions surtout français à la maison, dès que je mettais les pieds dehors, je n’entendais que le créole. Enfant, je n’avais pas conscience que ce dernier était une vraie langue. Je m’en suis rendu compte tardivement, quand, adolescent, mes parents sont allés vivre à Fort-de-France et m’ont fait inscrire au lycée Schœlcher. Il y avait une forte agitation politique chez nombre de lycéens, un sentiment nationaliste grandissant, et c’est tout naturellement que je me suis retrouvé embarqué là-dedans. S’en est suivie une longue coupure : d’abord mes études à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, puis mon séjour en Algérie sur les traces de Frantz Fanon, comme certains intellectuels antillais de ma génération. Ce n’est qu’une fois définitivement rentré en Martinique, au début des années quatre-vingt, que la question du créole a resurgi. Je voulais écrire mais tout ce que je produisais était nul à mes yeux. Je jetais mes manuscrits à la poubelle ! Jusqu’au jour où j’ai pris conscience du fait que j’étais emprisonné dans le français standard. Il bridait mon écriture, entravait mon imagination, me paralysait même. La chance que j’ai eu c’est qu’à Aix, j’avais suivi les cours de linguistique créole du grand linguiste guadeloupéen Guy Hazaël-Massieux à la Faculté des Lettres de cette même ville. Ma deuxième chance, à mon retour en Martinique, fut d’avoir recontré cet autre grand linguiste qu’était le Martiniquais Jean Bernabé. En fait, mon intérêt pour le créole, mon désir d’écrire en créole, les efforts que j’ai déployés pour faire advenir une littérature en créole (tout comme l’Haïtien Frankétienne, les Guadeloupéens Sony Rupaire et Hector Poullet ou le Martiniquais Monchoachi) relèvent, à mon sens, d’une sorte de retour du refoulé. Je trouve l’explication de Jean Bernabé géniale, à savoir que le créole, en plus d’être la langue maternelle de beaucoup d’entre nous, est surtout notre langue « matricielle ». De par mon extraction sociale, sans doute que le français m’est plus maternel que le créole, mais, indubitablement, ce dernier m’est plus matriciel. C’est ce qui explique que j’ai écrit mes cinq premiers livres en créole.

Prémyé woman a-w té maké an kréyòl. Sété dé liv ou té ka fè parèt vou menm, ou té ka vann vou menm asi maché, asi parè. Nou pé konprann kè pou ou ni plis moun ka li liv a-w, ou chanjé lang é konmansé maké an fransé. Mè pouki rézon lè ou vin on gran adan zafè maké fransé a, ou pa woukoumansé maké liv a-w an kréyòl ? Ou kontinyé travay anlè kréyòl yenki adan wouchach alo kè vou menm ka di ou byen tout koté moun ka palé kréyòl… Pouki rézon ou arété maké liv an kréyòl ? É dayèpouyonn, ès sa ka manké-w ?26

En effet, mes cinq premiers livres en créole ont été auto-édités car les quelques éditeurs qu’il y avait au début des années quatre-vingts ne voulaient pas prendre le risque financier de publier des ouvrages qui ne se vendraient pas. An té ka konpwann yo ! Lè ou vwè on liv édité, sé pa makè-la ka pwan risk finansié la, mé éditè-la27. Sinon, je ne les vendais pas au marché mais de la main à la main, auprès de mes amis ou de mes connaissances. J’en vendais moins d’une douzaine par an et je suppose qu’on me les achetait par charité chrétienne. En fait, lorsque je suis passé au français, j’avais quatre manuscrits de romans en créole, et si je ne les ai pas publiés après être passé au français, c’est parce que je ne trouvais toujours pas d’éditeur. Par contre, j’en trouvais (Ibis Rouge, Caraibéditions etc.) pour mes ouvrages de créolistique, notamment mes dictionnaires. Donc quand, en Martinique, on me demande pourquoi j’ai abandonné le créole, je demande à la personne si elle a jamais acheté un de mes livres en créole et surtout si elle l’a lu. Dans 99% des cas, la réponse est « Non » et comme j’ai un caractère de mauvais « chaben », j’envoie la personne balader. J’ai quatre manuscrits de roman en créole dans mes tiroirs depuis bientôt trente-cinq ans. Si un éditeur veut les publier, aucun problème !

Ou vwayajé onlo Misyé Konfyan. Kimoun ou rankontré ki maké-w plis ? Ès ou ni on ti istwa ou pé rakonté-nou, ki fèt adan yonn di sé péyi-la ou vizité, é ki ka entérésé réyalité kréyòl an nou ?28

Contrairement aux chanteurs, musiciens ou grands sportifs, les écrivains gagnent peu d’argent, sauf ceux qui donnent dans ce que l’on appelle la littérature populaire. Dans un pays de 67 millions d’habitants comme la France, il y a à peine une trentaine d’auteurs qui vivent de leur seule plume. Par contre, quand un écrivain est un tant soit peu connu, il bénéficie de deux choses : voyages et hébergements gratuits. Il se voit invité un peu partout à travers le monde, où j’ai pu visiter sans acheter un seul billet d’avion ni payer une seule chambre d’hôtel, trente-sept ou trente-huit pays : Japon, Hongrie, Guatemala, États-Unis, Italie, Maroc, Seychelles, Corée du Sud, Brésil, Saint-Domingue, Costa-Rica, Espagne, Portugal, La Réunion, Colombie, Allemagne, Angleterre, etc. Le souvenir le plus frappant que j’ai conservé date de 2001 en Corée du Sud où j’avais été invité à faire une conférence dans une université de Séoul. Quand l’amphi s’est rempli, on a vu tout un groupe d’étudiants assis tout au fond et brandissant un livre en scandant « Fanon ! Fanon ! ». « Ce sont des gauchistes », m’a dit à mi-voix, le recteur de l’université qui était assis à mes côtés, et le livre qu’ils brandissaient était la traduction en coréen des Damnés de la terre.

Adan on bokantaj pawòl ki parèt an 2007, ou di ou vin ékriven afòs li liv a Zola, Balzak, Moravya, Troya, Kami, Moryak, Rablè. Mè konnyéla, ka ou ka li ? Ki liv i ka enfliyansé-w, ka ba-w plézi ?29

Quand j’étais adolescent, j’ai dévoré les auteurs de la littérature française et les traductions de la littérature anglaise, américaine, italienne, etc. J’étais un grand lecteur. Mais il faut préciser que ni la télévision ni l’Internet n’existaient à l’époque. Devenu étudiant, à l’Institut d’Etudes Politiques d’Aix-en-Provence, dans les années soixante-dix, je me suis mis à lire la littérature latino-américaine et maghrébine. À mon retour en Martinique, ce fut le tour de la littérature d’Afrique noire et d’Asie. Aujourd’hui, je lis ce qui me tombe sur la main. Je n’ai pas de préférence pour telle ou telle littérature. J’ai simplement quelques auteurs-fétiches comme Mario Vargas Llosa. Mais à vrai dire, depuis quelques années, je lis surtout des ouvrages de vulgarisation en physique et surtout en astrophysique. Je découvre l’immensité de mon inculture en matière scientifique et en veux beaucoup à l’école car ce que cette dernière appelle « la culture générale » est uniquement centrée sur les lettres et sciences humaines. Je suis donc plongé dans les ouvrages de vulgarisation d’Albert Einstein ou de Stephen Hawking et j’en éprouve un plaisir intense.

Misyé Konfyan an ka di-w mèsi pou bokantaj pawol la. An ka li liv a-w dèpi an timoun paskè manman-mwen, tout sé tant an mwen té ka li-yo onlo. Yo transmèt-mwen sa. Kidonk an pé di-w jòdila sa té on bèl fyèrté ban mwen jou-la ou vin an fak dè lèt kouté soutènans a mémwa métriz an mwen si lentèrtèkstiyalité ant La Caldeira dè Afarèl Tardon et Nuée Ardente ou maké. Mèsi pou litérati an nou, mèsi pou kréyòl-la, mèsi pou kilti-la, mèsi pou angajman-la30.

Photographie 1. Laura Carvigan-Cassin et Raphaël Confiant à l’université des Antilles, Guadeloupe, 2015

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Source : Collection Laura Carvigan-Cassin

1 Laura Carvigan-Cassin : Bonjour Monsieur Raphaël Confiant. Avec près d’une cinquantaine de romans publiés dans diverses et prestigieuses maisons d’

2 En premier lieu, il faut rappeler que :

3 Nul ne s’intéressait à ces premiers romans en créole.

4 Je n’accuse personne.

5 Si je l’avais su, je n’aurais rien envoyé.

6 Votre dernier roman, La muse ténébreuse de Charles Baudelaire, nous plonge dans l’intimité de l’histoire d’amour tumultueuse entre le célèbre poète

7 Je n’appartiens à aucune chapelle. D’ailleurs, s’il y a bien quelque chose qui m’insupporte, c’est bien le nombrilisme.

8 Lorsqu’un de nos écrivains s’exprime, il ne peut ignorer d’autres pays.

9 À l’occasion de la sortie du roman graphique d’Elizabeth Colomba et Aurélie Lévy, Queenie la marraine de Harlem, au mois d’août 2021, le journal Le

10 Comment une jeune Martiniquaise pouvait-elle régner sur la mafia de Harlem ? Cela me paraissait absolument impossible. C’est pourquoi je ne me suis

11 Une femme forte, une véritable patronne, en créole martiniquais.

12 Mais ce qui est remarquable, c’est qu’elle n’a jamais tenté de se transformer en Afro-Américaine. Elle a tenu à garder son accent créole, d’

13 Parfois, il y a des histoires que nul ne peut expliquer.

14 Cet intérêt pour une icône gangster implacable qui a su s’imposer grâce à son intelligence, paraît un des reflets de l’importance de la femme dans

15 Pour ces personnes, les œuvres de la Créolité méprisent les femmes.

16 La verdeur de vos écrits (crudité du lexique choisi, profusion d’images hautes en couleur) est un des traits fameux de votre style parfaitement

17 Êtes-vous désireux de « désocculter le réel », Raphaël Confiant ?

18 Nul n’ignore que l’esclavage a eu pour objet de nous faire oublier d’où nous venons et qui nous sommes. Le nègre venu d’Afrique aux Antilles était

19 Ce n’est pas une démarche facile, d’autant plus que l’école et l’université françaises n’évoquaient pas ces éléments. C’est seulement depuis

20 Vous écrivez pour le monde francophone (Québec, Suisse, Maghreb, Afrique, etc.) mais pas seulement puisque vos œuvres sont traduites dans plusieurs

21 Les deux mots renvoient au chagrin d’amour.

22 Vous êtes un écrivain qui a dénoncé, combattu, défendu des causes. Que ce soit l’empoisonnement des terres antillaises par le chlordécone, la

23 Je n’ai de leçon à donner à quiconque. J’écris ce que je ressens, c’est au lecteur de juger. Après tout, c’est lui le maître.

24 Qu’est ce qui a motivé votre engagement pour la langue créole ? J’ai recensé des actions en faveur de la langue auxquelles vous avez concouru : vos

25 J’ai passé mon enfance dans la campagne du Lorrain, commune qui se situe sur le versant atlantique de la Martinique.

26 Vos premiers romans ont été écrits en créole. C’était des auto-publications, vous les vendiez au marché, je crois. On peut comprendre que pour

27 Je les comprends parfaitement ! Lorsqu’on publie un livre, ce n’est pas l’écrivain qui prend un risque financier, c’est bien l’éditeur.

28 Vous avez beaucoup voyagé, Quelle rencontre vous a le plus marqué ? Y aurait-il une anecdote intéressante que vous pourriez nous relater, qui a eu

29 À l’occasion d’un entretien paru en 2007, vous avez indiqué être devenu un écrivain à force de lire, à force de lire Zola, Balzac, Moravia, Troyat

30 Monsieur Confiant, je vous remercie de cet échange. Je lis vos œuvres depuis l’enfance et c’est une sorte d’héritage familial puisque ma mère, mes

1 Laura Carvigan-Cassin : Bonjour Monsieur Raphaël Confiant. Avec près d’une cinquantaine de romans publiés dans diverses et prestigieuses maisons d’édition, des succès de librairie, le couronnement de vos livres par une dizaine de prix littéraires, quelles sont, à votre avis, les raisons de la renommée de votre œuvre ?

2 En premier lieu, il faut rappeler que :

3 Nul ne s’intéressait à ces premiers romans en créole.

4 Je n’accuse personne.

5 Si je l’avais su, je n’aurais rien envoyé.

6 Votre dernier roman, La muse ténébreuse de Charles Baudelaire, nous plonge dans l’intimité de l’histoire d’amour tumultueuse entre le célèbre poète symboliste et sa muse, cette Vénus noire dont la majesté, la chevelure, le parfum exotique, les vêtements ondoyants et nacrés, la démarche de serpent qui danse, lui inspireront ses plus beaux poèmes. Mais surtout, ce roman scelle le lien entre la créolité de Jeanne Duval, demi-Négresse probablement originaire d’Haïti et l’art pictural et littéraire du XIXe siècle français. L’objectif de cette histoire d’amour qui se déroule à Paris, était-il de montrer que la créolité est un processus qui irradie un monde de plus en plus globalisant ? N’êtes-vous plus « hanté par le lieu » et est-ce la preuve que notre littérature antillaise devient adulte, pour reprendre vos analyses de 2008 ?

7 Je n’appartiens à aucune chapelle. D’ailleurs, s’il y a bien quelque chose qui m’insupporte, c’est bien le nombrilisme.

8 Lorsqu’un de nos écrivains s’exprime, il ne peut ignorer d’autres pays.

9 À l’occasion de la sortie du roman graphique d’Elizabeth Colomba et Aurélie Lévy, Queenie la marraine de Harlem, au mois d’août 2021, le journal Le Monde invite à lire ou relire votre roman sur la reine créole de la pègre américaine, Madame Saint-Clair, Reine de Harlem. Qu’est-ce qui vous a intéressé dans la personnalité ou l’histoire de cette cheffe de gang ayant forcé son destin ?

10 Comment une jeune Martiniquaise pouvait-elle régner sur la mafia de Harlem ? Cela me paraissait absolument impossible. C’est pourquoi je ne me suis pas cocupé de cette histoire durant plusieurs années.

11 Une femme forte, une véritable patronne, en créole martiniquais.

12 Mais ce qui est remarquable, c’est qu’elle n’a jamais tenté de se transformer en Afro-Américaine. Elle a tenu à garder son accent créole, d’ailleurs souvent confondu avec un accent français.

13 Parfois, il y a des histoires que nul ne peut expliquer.

14 Cet intérêt pour une icône gangster implacable qui a su s’imposer grâce à son intelligence, paraît un des reflets de l’importance de la femme dans votre œuvre. Quand on pense à l’indépendance de Stéphanie Saint-Clair, qui émascule au rasoir un chef de voleurs qui l’avait frappée, quand on pense à la liberté sexuelle affichée d’Antilia dans Eau de Café ou à celle de Justine dans Commandeur du sucre, quand on pense à toutes ces femmes-matadors qui prospèrent dans vos romans, on est en droit de se demander si cette présence féminine forte, ce choix de libération de la femme est un acte politique. Aspirez-vous à contribuer à un changement structurel des mentalités ou à offrir un nouveau regard sur les femmes créoles ? Raphaël Confiant, êtes-vous un féministe ?

15 Pour ces personnes, les œuvres de la Créolité méprisent les femmes.

16 La verdeur de vos écrits (crudité du lexique choisi, profusion d’images hautes en couleur) est un des traits fameux de votre style parfaitement reconnaissable, et l’érotisme de certaines scènes concourt au réalisme de la description de vos romans. Sans crainte d’atteinte aux bonnes mœurs, vous avez également préfacé le seul roman pornographique antillais Une nuit d’orgie à Saint-Pierre, d’Effe Géache. Votre projet est-il d’accorder une valeur esthétique, symbolique et/ou idéologique à la sexualité en littérature ?

17 Êtes-vous désireux de « désocculter le réel », Raphaël Confiant ?

18 Nul n’ignore que l’esclavage a eu pour objet de nous faire oublier d’où nous venons et qui nous sommes. Le nègre venu d’Afrique aux Antilles était quasi-nu.

19 Ce n’est pas une démarche facile, d’autant plus que l’école et l’université françaises n’évoquaient pas ces éléments. C’est seulement depuis quelques années que notre histoire et notre langue ont été insérés dans les programmes.

20 Vous écrivez pour le monde francophone (Québec, Suisse, Maghreb, Afrique, etc.) mais pas seulement puisque vos œuvres sont traduites dans plusieurs langues. Comment expliquez-vous que des lecteurs d’Inde, d’Angleterre, d’Allemagne ou du Japon s’intéressent à des histoires qui se déroulent au Morne Pichevin, à Saint-Pierre ou encore qui présentent le point de vue d’Antillais ?

21 Les deux mots renvoient au chagrin d’amour.

22 Vous êtes un écrivain qui a dénoncé, combattu, défendu des causes. Que ce soit l’empoisonnement des terres antillaises par le chlordécone, la décolonisation, l’assimilation, l’indépendance, de nombreux sujets qui concernent la situation des Martiniquais et des Guadeloupéens ont suscité votre intérêt et la lame de votre plume. Qu’est-ce qui vous indigne aujourd’hui ? Pensez-vous que l’homme de culture ou l’écrivain a une responsabilité ?

23 Je n’ai de leçon à donner à quiconque. J’écris ce que je ressens, c’est au lecteur de juger. Après tout, c’est lui le maître.

24 Qu’est ce qui a motivé votre engagement pour la langue créole ? J’ai recensé des actions en faveur de la langue auxquelles vous avez concouru : vos romans en langue créole (d’ailleurs traduits), vos travaux de recherche au sein du GEREC en lien avec Jean Bernabé, votre combat pour le CAPES créole qui voit sa concrétisation en 2002, votre participation à de nombreuses actions comme la semaine du créole, des articles… pourquoi vous être tant engagé en faveur de la langue créole ?

25 J’ai passé mon enfance dans la campagne du Lorrain, commune qui se situe sur le versant atlantique de la Martinique.

26 Vos premiers romans ont été écrits en créole. C’était des auto-publications, vous les vendiez au marché, je crois. On peut comprendre que pour avoir un lectorat plus important, vous soyez passé au français. Qu’est ce qui explique qu’une fois la renommée atteinte vous ne soyez pas revenu au créole au niveau de la fiction mais uniquement au niveau la recherche alors même que vous indiquez vous sentir chez vous partout où on parle créole ? Pourquoi avez-vous arrêté d’écrire en créole ? Est-ce que ça vous manque ?

27 Je les comprends parfaitement ! Lorsqu’on publie un livre, ce n’est pas l’écrivain qui prend un risque financier, c’est bien l’éditeur.

28 Vous avez beaucoup voyagé, Quelle rencontre vous a le plus marqué ? Y aurait-il une anecdote intéressante que vous pourriez nous relater, qui a eu lieu dans un de ces pays lointains et qui concerne notre réel créole ?

29 À l’occasion d’un entretien paru en 2007, vous avez indiqué être devenu un écrivain à force de lire, à force de lire Zola, Balzac, Moravia, Troyat, Camus, Mauriac, Rabelais. Quelles sont vos lectures du moment ? Qui vous influencent ou vous font plaisir ?

30 Monsieur Confiant, je vous remercie de cet échange. Je lis vos œuvres depuis l’enfance et c’est une sorte d’héritage familial puisque ma mère, mes tantes lisaient vos romans et me les ont fait découvrir. Je peux donc vous dire aujourd’hui à quel point ce fut une grande fierté pour moi le jour où vous êtes venu assister à la soutenance de mon mémoire de maîtrise sur l’intertextualité entre La Caldeira de Raphaël Tardon et Nuée Ardente que vous avez écrit. Merci pour notre littérature, merci pour le créole, merci pour la culture et merci pour votre engagement.

Photographie 1. Laura Carvigan-Cassin et Raphaël Confiant à l’université des Antilles, Guadeloupe, 2015

Photographie 1. Laura Carvigan-Cassin et Raphaël Confiant à l’université des Antilles, Guadeloupe, 2015

Source : Collection Laura Carvigan-Cassin

Laura Carvigan-Cassin

Université des Antilles, laura.cassin@univ-antilles.fr

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