René Maran essayiste : une légitimité par le journal

Laure Demougin

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Laure Demougin, « René Maran essayiste : une légitimité par le journal », Archipélies [Online], 14 | 2022, Online since 15 December 2022, connection on 04 February 2023. URL : https://www.archipelies.org/1388

René Maran est connu surtout comme romancier, biographe et poète, mais dès les années 1920, suite au « scandale Batouala », il a collaboré activement à la presse, publiant des articles, des critiques ou des « variétés » médiatiques pour différents journaux tout au long de sa carrière littéraire. Cette activité de polygraphe lui a permis de développer une stratégie de légitimation de son écriture – particulièrement d’essayiste – en passant par le journal.

René Maran is mostly known as an author of novels, biographies, and poems, but as early as the 1920s, in the wake of the « Batouala scandal », he also contributed actively to the press. Throughout his career, he published articles, critical essays, and « variétés » topics in different newspapers. This media writing made him a polygraph and allowed him to build a strategy of self-representation, legitimizing especially his writing as an essayist.

Introduction : lire les écrits médiatiques de René Maran

René Maran est un auteur dont l’œuvre s’est imposée à partir d'un scandale : beaucoup a été dit sur les réactions parues dans la presse, leur répartition dans le temps et les critiques principales adressées à l’auteur de Batouala (Porra, 1994 ; Rubiales, 2005). Il gagne en effet, avec son prix Goncourt, une visibilité médiatique forte : on peut le voir à certaines de ses signatures et à certains de ses portraits, à la publicité que la presse lui fait quand il obtient d’autres prix par la suite, pour ses ouvrages parus en librairie. Mais lire les textes qu’il a publiés dans les journaux pendant la même période permet une autre approche, centrée sur l’auteur lui-même et ses activités d’« écrivant » – pour reprendre le terme proposé par Roland Barthes dans son fameux article de 1964 (mais rédigé en 1960, l’année du décès de Maran) – sur le long terme, des années 1920 aux années 1950. Barthes y développe l’actualité de son concept, son adéquation avec l’esprit du temps. Le critique explique plus précisément comment les deux rôles d’écrivain et d’écrivant coexistent, et contextualise sa remarque ainsi :

Aujourd’hui, chaque participant de l’intelligentsia tient en lui les deux rôles, dont il « rentre » plus ou moins bien l’un ou l’autre : des écrivains ont brusquement des comportements, des impatiences d’écrivants ; des écrivants se haussent parfois jusqu’au théâtre du langage. Nous voulons écrire quelque chose, et en même temps, nous écrivons tout court. (Barthes, 1964, 158)

C’est dans cette optique, contemporaine des dernières années de René Maran, que nous nous proposons d’envisager une facette moins connue de l’auteur de Batouala : celle d’un collaborateur prolixe de la presse de son époque, que l’on réduit trop souvent encore à son prix Goncourt. Une approche de ses collaborations médiatiques permet en effet de compléter et de nuancer une image d’auteur (Amossy, 2009) par celle, davantage chargée de textes, du journaliste qui a produit des articles au sein d’un réseau médiatique alors bien développé. En lisant les articles de Maran, on ne peut que remarquer à quel point le journal peut servir d’espace destiné à l’autoportrait. Ainsi, quand il inaugure sa critique littéraire dans La Griffe, Maran se décrit et décrit sa position sociale de la manière suivante :

Sportif, je ne fréquente que très rarement les sportifs ; colonial, je fuis à légèreté de pied tout ce qui pourrait me rappeler les colonies, les mœurs de ceux qui y vivent et leur mentalité, et la mentalité et les méthodes de ceux qui les colonisent ; romancier, je vis soigneusement à l’écart des clans, des écoles et des querelles ; enfin, au point de vue politique, bien que mes idées, qui sont réfléchies, et mes convictions, qui sont généreuses et désintéressées, m’inclinent à un socialisme humain, tolérant et compréhensif, je ne serai jamais, au sens strict du terme, un homme de parti, aucun parti ne détenant la formule magique, le sésame ouvrant aux peuples, aux nations et aux rades les portes de ce paradis où l’âge d’or dispense le charme et les délices de son perpétuel printemps1.

Cet écrivant qui se révèle d’article en article, d’une chronique à une critique, ou d’un conte à une tribune, nous le qualifierons de journaliste car, s’il n’est qu’un collaborateur occasionnel, il l’est de plusieurs journaux et sur le long terme, suffisamment pour justifier d’une activité journalistique complète. Il appartient de ce fait au monde médiatique des années 1930, période pendant laquelle la presse foisonne d’initiatives nouvelles et de textes pionniers : c’est un moment de liberté et d’inventivité, d’échos entre le livre et le hors-livre, de projets lancés, et il en bénéficie. La plupart des écrivains se font alors reporters (Simard-Houde, 2016), mais on verra que Maran a quelques réserves envers ces journalistes voyageurs. Plus largement, dans le Paris des années 1930, le mot « effervescence » décrit à la fois ce qui touche à la culture coloniale et à la culture médiatique. Or René Maran se retrouve au croisement de ces deux domaines, et se pose la question : comment devient-il, par la presse et ce qu’il y publie notamment, le « poète et témoin de l’Afrique noire », certes, selon le titre d’un article d’Henriette Morel dans La Jeune-République en 19492, mais pas seulement ?

En s’appuyant sur le formidable travail de dépouillement de la presse de cette époque par Jean-Dominique Pénel, le présent article se propose d’étudier, dans les textes, la manière dont René Maran fait son autoportrait médiatique au fil des décennies, autoportrait qu’il construit en tant que « posture » dans le champ médiatique et littéraire. On prendra ici ce terme au sens de ce qui « constitue “l’identité littéraire” construite par l’auteur lui-même, et souvent relayée par les médias qui la donnent à lire au public » (Meizoz, 2007, 18). L’intérêt du cas de René Maran pour cette notion réside, outre cette identité littéraire, dans le jeu qui s’établit entre son appartenance au monde des médias et au monde colonial, entre sa visibilité (Heinich, 2012) particulière liée à sa couleur de peau, à une époque politiquement troublée. Prises au sens large, les identités de René Maran sont complexes. Y entrent en jeu, en effet, sa couleur de peau, sa carrière de fonctionnaire colonial, sa biographie et sa généalogie, sa position dans le champ littéraire également : et ses écrits de presse permettent de lier ces aspects car ils y participent.

La presse semble constituer, pour Maran, un terrain d’expression libre et ouvert à la production de textes qui enrichissent sa posture. À ce titre, on peut considérer qu’il y construit sa paratopie, selon Dominique Maingueneau : « Élaborer sa paratopie, c’est ainsi découvrir cette modalité singulière du ne-pas-trouver-sa-place qui permet de faire œuvre » ; c’est également « une impossible appartenance à la société : pour trouver leur place de créateur, appartenir pleinement au monde de la production esthétique, [les auteurs] doivent en effet gérer leur impossibilité même d’occuper véritablement une place dans le monde des activités "ordinaires" » (Maingueneau, 2016, 5). À la lumière de ces premiers éléments, on verra donc ici les types d’écrit qu’il produit, puis son rapport à la presse, avant de terminer par son activité de critique littéraire. Pour rendre compte de son écriture médiatique, on citera de nombreux extraits, en attendant la publication et la mise à disposition du public des articles dont ils sont issus3.

1. Une variété d’écrits pour un auteur célèbre

On aimerait commencer par dresser la liste des journaux auxquels a collaboré René Maran, mais elle ne serait sans doute pas complète : outre les titres français, il faudrait y ajouter ses collaborations anglophones. On peut cependant en donner une idée : Maran a publié dans La Dépêche de Toulouse, Les Lettres françaises, Gavroche, La Rumeur, Candide, Je suis partout, La République, L’Avenir du Tonkin, France, La Jeune-République, Le Nouvelliste d’Indochine, L’Écho annamite, La Dépêche africaine, La Griffe, L’Auto, Bec et ongles… On pourrait également ranger ces titres dans des catégories qui laisseraient apparaître une silhouette d’auteur médiatique, mais là encore la liste serait sans doute incomplète : presse régionale, presse coloniale, presse nationale issue de la résistance ou condamnée à la fin de la guerre, presse satirique... Maran a donc été un polygraphe médiatique, publiant dans la presse d’abord ses poèmes (dès 1909), ensuite ses fictions (dont quelques nouvelles dans Candide), et ajoutant à ces textes des articles de fond, des critiques littéraires, des chroniques, des variétés médiatiques.

Dans les années 1920, bien plus que le romancier, c'est l'auteur de la fameuse Préface qui est sollicité sur toutes les facettes de « la question noire », qui explose à Paris en 1924 – avec, notamment, la création de « La ligue de Défense de la race nègre » et de son organe d’expression, Les Continents, premier périodique « nègre » en France, fondé par son directeur, le « prince » Kojo Tovalou-Houenou. Or René Maran a été associé de très près à ce mouvement, si bien que l'un de ses tout premiers articles de fond est paru sous le titre « Réflexions » en première page du numéro 1 de ce journal, le 15 mai 1924 (transcription en annexe) :

Les Continents, n° 1, 15 mai 1924, p. 1

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Il est intéressant de noter que dans cette espèce d'éditorial, René Maran renoue avec les thèmes de la préface de Batouala puisqu'il y fait à la fois le procès du colonialisme français et l'éloge d'une France idéale, patrie des Droits de l’Homme et du Citoyen. Comme on sait, l'aventure le journal de Kojo Tovalou n'a pas fait long feu puisqu'il allait aboutir après quelques mois à la fameuse « affaire Diagne » et au procès en assises du « recrutement des Noirs » au service de la France pendant la Première Guerre mondiale4.

Mais plus largement, qu’il s’agisse de critique littéraire ou de politique, Maran adapte son écriture à la ligne éditoriale du journal et à ses contraintes de publication (longueur des articles, emplacement de l’article, typographie) ; on y retrouve également les échos de ses travaux littéraires concomitants. Maran développe ainsi, en 1925, une critique acerbe et précise contre le député Ernest Outrey, parodiant un conte dans les premières lignes :

Gras, infatué de sa personne et replet, il était une fois un tout petit homme, habillé de morgue, de prétention et d’orgueil. / Bas sur pattes, cet homuncule, à qui le détaillait ressemblait moins à un tout petit homme qu’à un représentant de la noble famille des porcins, dressé sur ses pattes de derrière et faisant le beau5.

Cette écriture renvoie à celle du Petit roi de Chimérie (Maran, 1924) qu’il a publié l’année précédente. La fin de l’article le montre ensuite répondant aux accusations de communisme par un autoportrait qui fait entrer en compte son activité de journaliste pour différents médias, et jusqu’à une citation de L’Humanité. C’est sur ce modèle que ses activités de journaliste composent une partie de l’image d’auteur de René Maran : on y lit, en argumentation directe et en lien avec son activité littéraire, son rapport aux colonies, au racisme, à l’actualité internationale, à la littérature et à ses buts, et même au sport. Il s’en dégage un processus de légitimation par la presse. Grâce à son écriture rapide et ses supports multiples, Maran affirme son autorité intellectuelle dans certains domaines. Il n’est pas sûr que l’on puisse trouver un profil semblable au sien durant ces années de l’entre-deux-guerres : l’éclectisme de ses contributions en fait un journaliste à part, tout comme sa notoriété initiale (le prix Goncourt et ses suites, le procès Diagne) le place également à la marge du monde des journalistes parisiens. Il ne rassemblera pas ses articles en recueil et, pour autant que nous le sachions, n’en fera pas une grande publicité, même pas par allusions, y compris dans sa correspondance avec son ami Gahisto (Fonkoua, 2021). Pour Maran, le travail de presse est une activité économique liée à sa démission de la fonction publique en 1924. Mais cette activité économique reste une écriture, et l’on ne saurait invalider toute une partie de la production d’un auteur au motif qu’elle lui a fait gagner de l’argent.

Or Maran journaliste devient un collaborateur de grande valeur pour plusieurs titres périodiques. Cela se voit à la mention de son nom, présenté dès le bandeau du journal ou mis en avant dans des encadrés, à l’ajout de son « Prix Goncourt » après sa signature pour certains articles, à certains portraits aussi qui accompagnent sa mention dans des articles : sa célébrité est utilisée par les journaux qui l’emploient. L’origine coloniale de cette célébrité constitue le fond sur lequel Maran affirme sa légitimité, que ce soit d’un point de vue administratif et technique, ou d’un point de vue littéraire lorsqu’il se penche sur des romans coloniaux ou sur le grand prix de littérature coloniale. Le Journal du Peuple rend cet aspect fort clair quand il présente ainsi son collaborateur :

Notre ami René Maran, auteur de Batouala, prix Goncourt, commence par l’article qu’on va lire une série d’études sur le monde colonial. On pourra juger de la valeur d’une telle publication quand on saura que René Maran en tant que fonctionnaire colonial eut à souffrir d’une administration abandonnée à son propre bon plaisir – et que par le poste qu’il occupait, il fut à même de se documenter aux meilleures sources6.

Le Journal du Peuple est un journal de gauche, auquel Maran collabore activement dans les années 1920. Mais sa connaissance du monde colonial explique également sa collaboration à Je suis partout pour les pages concernant l’empire français (le journal a également une rubrique concernant l’empire britannique), et ces pages offrent un bon aperçu de l’étendue de ses compétences coloniales. Entre 1933 et 1936, on y trouve différents espaces et différentes problématiques, de Saint-Pierre et Miquelon aux automobiles. Les titres indiquent que Maran y est à la fois prescripteur (« Il faut créer à Paris une maison des peuples de couleur », le 19 août 1933 ; « Doit-on rendre à l’Allemagne ses anciennes colonies ? », le 30 mai 1936) et expert (la pêche à Saint-Pierre et Miquelon le 21 octobre 1933, les automobiles dans les colonies le 25 avril 1936, l’exposition coloniale de Vincennes le 23 septembre 1933). Cette collaboration est en effet ce qui surprend le plus les lecteurs actuels : Alain Mabanckou, par exemple, s’y arrête dans ses Huit leçons sur l’Afrique (Mabanckou, 2021).

De fait, Maran écrit régulièrement pour ce journal, lequel n’est pas alors ce qu’il deviendra pendant la guerre – pour lui, c’est aussi l’occasion de participer aux titres de l’éditeur Fayard. Il retrouve d’ailleurs, dans Je suis partout, Paulette Nardal en voisine de colonne, mais pour des textes tout à fait différents. Maran s’exprime sur l’or guyanais, présentant le territoire selon une chronologie qui n’est pas sans rappeler ce qu’il écrira dans les premières pages de sa biographie de Félix Éboué (Maran, 1957) ; Nardal, quant à elle, publie un texte qui est identifié comme relevant des « scènes de la vie martiniquaise ». Chacun est donc dans une tonalité qui rappelle sa légitimité propre et l’inscrit dans son domaine d’expertise. René Maran est bien alors ce qu’on appellerait aujourd’hui un « expert » colonial, qui manie les chiffres et présente des réalités à la fois historiques et économiques : romancier, certes, mais romancier colonial avec ce que l’on peut mettre derrière cette étiquette en termes de littérature documentaire et documentée, de littérature « réaliste » dans un sens particulier et précis (Durand, 1999). Son « sérieux » explique d’ailleurs les biographies coloniales qu’il publiera : il est un essayiste, un critique informé plus qu’un poète pour ce genre de presse. Et c’est à lui, en tant que critique, qu’il revient alors d’estimer la portée informative ou l’authenticité de certains textes. Enfin, en écho à ce bref voisinage avec Paulette Nardal, on peut montrer la lettre qu’il lui adresse et qui est publiée dans son périodique martiniquais La Femme dans la cité en 1945, sous le titre « un écrivain noir de la Résistance7 » : l’image qu’il donne de lui-même dans ce courrier le montre en écrivain rusé et patriote, utilisant l’ironie pour tromper la surveillance nazie, et qui vit de sa plume dans un Paris sortant à peine de la guerre. C’est à notre connaissance la rare occurrence d’une mention de Maran comme « résistant » (Genest, 2013).

L’exemple de Je suis partout montre qu’il faut replacer ces publications coloniales au sein de l’activité complète de Maran, sans quoi on ne comprend pas son identité médiatique ni la place de ces articles au sein de sa production. Certes, il collabore à Je suis partout ; mais il collabore bien plus à La Dépêche de Toulouse et à L’Auto. Le journal sportif le qualifie ainsi de « collaborateur et ami8 » et, dans les années trente, il publie en effet à la une du journal des chroniques ou des contes – une « chronique de René Maran » annoncée en une se révélant d’ailleurs un « conte9 », preuve d’une certaine labilité des rubriques. On y trouve des textes sur le rugby, des récits de chasse (l’un appartient aux « Contes de L’Auto10 »), des prises de position (sur les femmes et le sport, par exemple11), de petites fictions également. Dans notre perspective, le portrait ainsi créé par ses textes peut aussi s’avérer étonnant, par exemple quand Maran invente le journal de bord d’un navigateur :

Je ne suis, pour ainsi dire, qu’une sorte de romantique en sursis, qu’un « moitrinaire ». Plus rien ne me séduit que moi. Lorsque je ne vis pas en proie au dégoût ou à l’ennui, je passe le plus clair de mon temps à rêver d’aventure. / Malheureusement, on n’en trouve plus nulle part. L’Océan, quelque immense qu’il soit, n’en offre plus. Voici plus de quatre ans que je parcours le Pacifique en tous sens. Il a bien fallu que je me rende à l’évidence : l’aventure a, pour toujours, disparu de la surface du monde12.

On lit également dans L’Auto son goût pour le rugby, sport qui l’a formé avant de devenir une métaphore de son rapport à l’adversité. Dans ces années 1930, où il apparaît comme le survivant des affaires qui ont suivi la publication de Batouala, il écrit ainsi :

J’ai retenu de ses leçons qu'il ne fallait jamais douter de soi ou de la fortune ; qu’il était des moments où, pour le bien commun, il fallait se jeter tête baissée, sans réfléchir, au plus fort de la mêlée ; que, souvent, on ne parvenait à dérouter ses adversaires les plus acharnés qu’en fonçant droit sur eux ; enfin, que l’on se devait de demeurer constant, même dans la défaite13.

Ses récits de chasse enfin ouvrent les pages du journal à l’Afrique – on peut citer ici les premières lignes de L’Auto du 19 avril 1933, car les articles de Maran paraissent le plus souvent en une, voire en première colonne :

Il fait tiède, presque chaud. Pas un souffle d’air, pas un bruit. Rien. La nuit domine les étendues. L’ombre est partout maîtresse. Seul, de-ci de-là, le sable du pâle éclat des étoiles reluit. / Soudain, des brassées de points fauves décapent, à ras d’horizon, la nuit. Les ténèbres sont en feu. Le vent commence à sourdre et à geindre. Il s’étire, se détire, s’enfuit, revient. Une odeur de bois punais l’infecte. La brousse s’empourpre. Les rapaces nocturnes, sentant la curée, multiplient leurs patrouilles entre terre et ciel14.

Même dans ce titre sportif, Maran fait montre de sa connaissance de l’Afrique. D’autres auteurs participent à L’Auto, chacun selon ses spécialités : pour l’auteur de Batouala, en simplifiant, ce sera l’Afrique, Bordeaux, et le rugby. Sa connaissance de l’Afrique justifie l’une des postures qu’il adopte dans la presse et qui relève d’une stratégie propre aux auteurs coloniaux – et à la presse coloniale par ailleurs : le leitmotiv selon lequel on méconnaît la réalité des colonies, parce que ceux qui en rendent compte n’en sont pas issus ou n’y ont séjourné que trop peu de temps.

Dans un autre style, et sur un autre support, sa critique de l’ouvrage de Maurice Martin du Gard dans Bec et ongles, journal satirique, va dans ce sens. Il la clôt, après une discussion sur les élites noires, par une assertion définitive qui rappelle sa propre connaissance de la situation coloniale : « M. Maurice Martin du Gard est un profane, en matière coloniale. Mais son essai, qui n'est ni fantaisiste, ni trop partial, sort vraiment de l'ordinaire, et mérite d'être livré aux méditations de tous ceux qui s'intéressent aux destins de la France noire15 ». C’est ce que remarque Dominique Chathuant lorsqu’il analyse l’un des articles publiés dans Je suis partout sur la Guyane (Chathuant, 2021) : Maran est un expert colonial à la voix affirmée, et ce constat se retrouve dans d’autres textes, en effet. La pique rapide que Maran se permet dans un article de Je suis partout est dirigée contre les reporters qui, en Guyane, ne dépassent pas le bagne16 ; pense-t-il à Au Bagne de Londres, publié en 1923 dans Le Petit Parisien ? L’ancien prix Goncourt, en effet, est loin de la posture du reporter : c’est même son antithèse, tant du point de vue de l’écriture que du point de vue de la connaissance des colonies. Ainsi, bien après les années 1930 où il explique cette posture, quand il publie en 1951 un récit de voyage au Danemark, c’est sous le titre de « tournée d’amitié » et non de reportage à proprement parler, et il y développe une réflexion intéressante sur le poids de sa couleur de peau dans le pays nordique, fournissant à l’occasion un autoportrait riche de sens : « Je n’oublie jamais, où que j’aille, que je suis un homme de couleur, un écrivain français de couleur. Mon intelligence, mon intuition, ma sensibilité aux aguets épient les réactions qu’elle provoque chez les étrangers qui me voient pour la première fois17 ». La démarche adoptée est alors différente de celle du reportage : c’est un autoportrait en situation, une déclinaison de ses réflexions sur la couleur de peau et le racisme.

Dernier point, enfin, de ce premier aperçu des articles de René Maran dans sa stratégie de légitimation : plusieurs articles polémiques dévoilent une plume acérée. Ses articles sur les « troupes noires », ses portraits d’Hitler et d’autres textes encore prouvent l’efficacité de ses traits : « jusqu’à ce que les bureaux responsables se décident à faire leur devoir, je ne cesserai de faire le mien, en signalant à la patrie qui m’a adopté la duplicité à la fois honteuse, ignoble et lâche de ceux sur qui elle croit pouvoir se reposer en toute confiance18 », écrit-il ainsi dans Paris-Soir en 1924 à propos des soldats enrôlés illégalement. Dans Les Continents, il publie une lettre ouverte à Alain LeRoy Locke, type d’article particulier qui lui permet de se mettre en scène et de révéler au lectorat du journal sa portée internationale :

Cher Monsieur Locke, / Ce n’est pas sans un serrement de cœur que je vous écris ces lignes. Il m’est en effet infiniment déplaisant de détruire vos illusions. Mais quelque diffusion qu’on puisse donner à ma lettre en Amérique noire, où je sais que mon nom est très connu, la vérité est partout, et toujours, la vérité. Chaque fois qu’on la remplace par une copie, il faut dire, crier et proclamer que l’original est tout autre. Je suis payé pour savoir qu’on n’a que des huées et des menaces pour récompense, lorsqu’on tient à honneur de remplir cet impérieux devoir. C’est cependant ce que je vais faire une fois de plus, encore que je sois averti, et pour cause, de ce qui m’attend19.

Cette introduction lui permet de réitérer les linéaments de son portrait en auteur combatif. Sur un autre sujet enfin, il s’étonne en 1939 des succès des discours hitlériens :

Haletants, saccadés, torrentiels, frénétiques, les discours de Hitler ne sont le plus souvent qu’une succession de lieux communs hachés d’aboiements rauques qui relèvent en droiture du domaine de la psychiatrie. Ils ressemblent aux voceri ou plutôt aux incantations que profèrent, lors de certaines cérémonies, les sorciers de certaines tribus africaines. Les mensonges bousculent les mensonges, les menaces les menaces, les redites les redites, les promesses les promesses, le tout en un débit vertigineux, qui paraît n’avoir jamais eu de commencement, et dont on croit qu’il n’aura jamais de fin20.

On voit donc, à cette première esquisse des textes de presse de René Maran, qu’il entretient un rapport complexe avec les journaux de son époque, y participant sous différentes formes et nourrissant tant les débats que l’imaginaire des lecteurs – mais toujours en tant qu’intellectuel spécialiste du monde colonial.

2. Maran et la presse : rôles et représentations

Maran a été directeur littéraire de La Dépêche africaine, collaborateur explicitement colonial pour La Rumeur : il est impliqué dans la vie même des journaux. Il fait un temps partie du comité de direction du journal La Jeune-République, sous-titré Un journal libre au service des hommes libres, organe de la Ligue de la Jeune République, le mouvement politique fondé en 1912 par Marc Sangnier, qui se rallie au socialisme, puis au Front populaire à la suite des élections de 193621. Le 8 juin 1950, un article signé L.F.H. s’intitule « Notre ami René Maran reçoit le prix de la France d’Outre-Mer » :

Sans doute est-ce avant tout la qualité de l’observation, la perfection des études, la valeur humaine aussi qui sont ainsi mises à l’honneur. Je pense que c’est en même temps à l’homme engagé dans l’action que va cet hommage. Je pense que c’est à une grande conscience française qu’est accordée cette distinction. Celui qui depuis « Batouala » (couronné en 1921 par l’Académie Goncourt) a lutté pour plus de justice, contre les abominables distinctions des races, pour le rayonnement d’une civilisation française capable d’enrichir les particularismes en exaltant les valeurs, celui-là voit aujourd’hui une première récompense de la lutte. La seule qu’il désire du reste viendra aussi, nous l’espérons, de la réalisation d’une Communauté Française, digne de l’idéal qu’il a mis en elle22.

On note en effet que quelques portraits se retrouvent sous la plume de journalistes qu’il fréquente, l’intégrant ainsi aux sociabilités médiatiques de son temps. Maran fait partie de ce monde médiatique et s’intéresse à la presse : il le prouve dans certains de ses articles. Dès les années 1920, qu’il parle de la presse coloniale ou de la presse française, il défend l’idée qu’elle joue un rôle majeur, particulièrement pour les questions coloniales.

Entre 1929 et 1951, cependant, ses intérêts ont évolué : quelques textes mettent en perspective ce que deux décennies ont changé à ses problématiques, et notamment l’affirmation de ses critiques anticoloniales et de sa position antiraciste. De ce point de vue, ses collaborations à L’Ère nouvelle s’avèrent instructives : il y publie « L’abcès colonial » en 1924, et deux articles d’une même série sur « Le malaise colonial23 » en 1925 (ce dernier article est republié dans L’Écho annamite quelques mois après sa publication parisienne). Or L’Ère nouvelle, « organe de l’entente des gauches », a une « influence importante dans le monde parlementaire24 ». Dans les articles portant sur « Le malaise colonial », Maran utilise plusieurs moyens pour convaincre. Dans le premier, il dépeint ainsi le contexte colonial en évoquant le service militaire des « indigènes » de l’empire français par un constat sans appel : « De leur présence, à la mort offerte, ils avaient économisé des milliers d’existences européennes ». Il poursuit ensuite par la description de la situation de ces anciens combattants : « On le leur avait tellement dit et répété, qu'ils ne pouvaient pas ne pas imprimer cette certitude au plus profond de leur mémoire. Et voilà que, le péril passé, on ne leur savait plus aucun gré de leur sacrifice, tout au contraire » ; et dans un dernier temps, c’est le rôle de la presse qui apparaît. Maran écrit ainsi : « Certes, la grande presse métropolitaine, secondée par la presse coloniale, avait loué comme il convient le loyalisme des colonies françaises »25 .

Dans le deuxième article, Maran cite un article de M. Truong-Nguyen – concernant le service militaire imposé aux Indochinois alors qu’ils ne sont pas citoyens français – pour L’Écho annamite et conclut : « Tout commentaire affaiblirait la force logique de ce raisonnement ». Naviguant ainsi entre citations et descriptions, entre analyses et empathie, ces quelques textes se situent dans la droite ligne de Batouala, comme Maran lui-même le signale. Dans cette même perspective de critique passant par le biais de la presse, il commence en 1949 un article par ces mots : « Nous sommes en 1949. La presse française, unanime, foudroie de son indignation justicière neuf des S.S. qui ont participé, en 1944, aux massacres d’Ascq, l’Oradour du Nord, et rappelle les faits qui s’y sont passés dans la nuit du 2 avril26 ». Cette introduction va aboutir à la condamnation du silence de la presse sur ce qui se passe dans l’Indochine d’alors. En 1951, il entame également son article dans Le Droit de vivre, journal qui se proclame « le plus ancien journal antiraciste du monde entier » :

Si la presse française jouissait de la liberté dont elle était autrefois justement si fière, elle aurait été unanime à protester avec indignation avant et après l’assassinat de l’infortuné Mac Gee. Elle n’ose malheureusement plus ni prendre parti ni élever la voix. Elle avoue, en agissant de la sorte, le complexe d’infériorité dont elle souffre depuis notre débâcle de 1940 et, en même temps, la crainte qu’elle a des maîtres qui la meuvent au gré de leur bon plaisir sur l’échiquier international27.

Ces exemples ont un point commun : la presse française s’y trouve mentionnée dans les premières lignes, comme objet de réflexion. On pourrait encore ajouter un exemple, pour bien comprendre de quelle presse Maran se réclame et dans quelle mesure il entend en tirer une forme de légitimité, défendant une écriture analytique, qui vise l’essai. En juin 1936, le texte qu’il publie dans Je suis partout sur la Guyane présente la critique suivante :

Pour ce qui touche à la Guyane, bon nombre de reportages superficiels nous ont appris à l’ignorer. Les chasseurs d’informations sensationnelles n’ont pas dépassé ses bagnards. Ils n’ont pas daigné pénétrer sa forêt vierge. C’est elle qui renferme pourtant, si l’on peut du moins s’exprimer ainsi, le to be or not to be de la colonie, sa raison d’être, en un mot : son or28.

L’article explique ensuite l’histoire des exploitations aurifères en Guyane. En avril de la même année, pour L’Avenir du Tonkin, il avait examiné la question du bagne, justement, et en avait tiré les remarques suivantes : « Bagnards et bagne ont, il est vrai, si souvent défrayé la chronique des grands quotidiens, au cours de ces dix dernières années, qu’on a presque réussi à leur donner un aspect romantique, aux yeux de certain public29 ». Sa vision de la Guyane, en opposition claire à la presse de son époque et à ses reportages, est donc marquée par une exigence de réalisme et d’authenticité qu’il va développer à propos des colonies en général, reprenant alors l’un des arguments de Batouala visible dès le sous-titre : chercher le véritable, s’exprimer en tant qu’ancien fonctionnaire colonial noir. Plus largement, dans la plupart de ses articles, Maran profite du médium qu’est le journal pour affirmer des prises de position : sa rhétorique lui permet des assertions tranchées, sur plusieurs sujets. Pour la critique littéraire, une phrase comme « Je n’ai pas eu, depuis 1923, l’occasion de lire de roman colonial qui soit digne de lui être comparé, à quelque titre que ce soit30 » (à propos de La Femme-Antilope) le place dans une position de prédécesseur dont il sait jouer, particulièrement à propos des prix. Il écrit encore, à propos du livre d’Odette Valence : « On reparlera certainement de Colons sans Colonie en décembre prochain. Le prix Fémina ne devrait pas lui échapper31 ».

Certains passages de ses articles montrent également un auteur qui se place en surplomb par rapport à la situation de son pays, hésitant entre patriotisme et critique, y compris pour son premier article de la page coloniale de Je suis partout :

En effet, la création de cette Maison des Peuples de Couleur fournirait en premier lieu à la France l’occasion de se faire pardonner son narcissisme, en lui procurant le moyen de redresser le plus élégamment du monde certaines de ces erreurs de propagande que lui reproche en particulier, non sans raison du reste, son immense clientèle de l’Amérique latine. Elle aurait pour résultat second de ranimer cette mystique qu’elle a créée à son insu, de rendre force à cette religion dont l’obscur espoir soutient des millions d'êtres qui végètent tant bien que mal, dispersés aux quatre coins de la terre, portant la tare de leur pigmentation comme une croix, mais qui sentent moins lourd le poids de leur quotidien esclavage, chaque fois qu'ils cherchent à découvrir dans le ciel cette grande lumière lointaine pleine de douceur dont ils entendent parler de temps à autre, de-ci de-là, et qui tient toute dans le mot : France32.

Le patriotisme initial qu’on lit ici est tempéré par la mention d’une image positive de la France « à son insu », et le ton assertif par lequel Maran défend sa proposition d’une maison à visée universaliste s’accompagne d’un positionnement de l’auteur en tant que connaisseur de la situation internationale française. Maran parle donc des journaux et se sert d’eux, dans le même élan, comme d’une tribune pour s’affirmer en tant qu’anti-reporter et critique lucide du rapport de la presse aux colonies.

3. Un spécialiste de littérature dans la presse

De manière assez représentative, on peut noter qu’en novembre 1938, René Maran publie, dans le journal La Rumeur, deux articles à quelques jours d’intervalle : l’un intitulé « En Afrique Équatoriale française. Le chemin de fer Brazzaville-Océan est d’un intérêt vital33 » (12 novembre), où Maran veut décrire « d’après les tout derniers renseignements puisés aux meilleures sources, et résumés sèchement, les gigantesques travaux qu’on est peu à peu parvenu à réaliser » ; l’autre intitulé, si l’on tient compte de toute la titraille, « Un roman colonial. La Femme-Antilope. Ce livre émouvant et courageux, devrait valoir à M. François Valdi, le prix de littérature coloniale34 » (26 novembre). Ce moment constitue une bonne représentation d’un auteur bicéphale, chez qui le thème littéraire ne va pas sans le thème colonial, et la littérature ne va pas sans sa portée politique. Cette double orientation peut d’ailleurs se lire au sein d’un même article : ainsi, quand dans une rubrique littéraire de La Griffe, Maran écrit sur Gandhi, c’est principalement pour lui construire une biographie précise, lyrique et engagée, qui ne prend appui qu’à deux reprises sur le texte de Romain Rolland qu’il est censé commenter (Rolland, 1924) : les dernières lignes, notamment, remettent en perspective tout ce que René Maran vient de décrire en les opposant au silence que Romain Rolland a gardé sur ces mêmes chapitres de la vie de Gandhi :

C’est malheureusement toute cette longue et patiente préparation à l’entier sacrifice de soi, que Romain Rolland a volontairement oublié de nous conter. / Il a eu tort, grand tort. En effet Gandhi, ce grand patriote religieux, est un des martyrs les plus représentatifs des races qui ont eu à souffrir de la civilisation occidentale, – le plus représentatif, peut-être. / Certes, Romain Rolland réprouve celle-ci, invective contre elle, et la condamne. / Mais, afin de la condamner mieux, il aurait dû ne pas négliger certaines des pièces qui donnaient force et âme au réquisitoire qu’il prononçait contre elle. / Il a donc commis une grosse faute en ne nous décrivant pas minutieusement, étape par étape, le chemin de Croix parcouru par cet homme surhumain, que bientôt sans doute la transformation de la mort détachera en pleine gloire35.

Le texte est d’ailleurs repris et quelque peu déformé pour les besoins d’une autre publication, dans L’Œuvre cette fois, et en 1931. Il n’est plus question alors de commenter l’ouvrage de Rolland, mais de bien autre chose. Le portrait initial est retouché pour ajouter quelques éléments (soulignés ici) et en retrancher d’autres (en gras ici) :

De taille un peu au-dessous de la moyenne, un homme d’une maigreur extrême, au fin visage amenuisé par l’ascèse ; dans ce visage de mort vivant, deux yeux habitués à voir en dedans, à voir longuement en dedans, – deux beaux yeux aux cils rares et malades, que brouille la myopie et que noie le rêve ; un front quasi momifié ; puis, entées sur le temporal, en retrait du grand zygomatique, deux oreilles qui ne paraissent grandes que parce que l’anémie, en les décharnant les a, en quelque sorte, décollées ; un nez mince, et coupant, et délicat, aux narines étroites36 ; des lèvres épaisses et comme mûres, des lèvres que gonflent en même temps la volupté du sacrifice et l’œdème de la maladie et des privations ; un menton bas et fuyant ; des mains longues, émaciées, osseuses, et cependant transparentes, voire immatérielles ; et, se dégageant de cet ensemble débile et chancelant, morbide et pitoyable,– une volonté sourde, infrangible, mesurée, bienveillante et sereine, alliée à cet air « d’implacable douceur » que Renan a prêté à Marc-Aurèle, ] – tel est Gandhi, l’homme hors-série, qui pourrait peut-être, s’il le voulait, hâter le déclin de l'Occident, le Messie contemporain que l’Inde entière, malgré les différences de castes et de religions a, d’une voix unanime, surnommé Mahatma, ce qui signifie grande âme37.

En 1931, la fin surtout est remarquable : la critique du livre est remplacée par une réflexion plus large sur la France, et particulièrement sur la France en Indochine. Gandhi apparaît bien comme une figure de référence dans l’écriture de Maran : dans sa biographie d’Éboué, ainsi, il insère une citation attribuée à Gandhi sur les philosophies considérées comme « les enfants d’un même père », citation que l’on trouve dans les articles des années 1930 (Maran, 1957). Sept ans après la première publication, Maran finit ainsi son article remanié :

Aussi la France, au lieu de moquer Gandhi et son apostolat, devrait-elle se tourner, dans son propre intérêt, vers l’œuvre grosse de conséquences que ce petit homme doux et patient est à peu près, parvenu à réaliser, et à prêter à celle-ci toute l’attention qu’elle mérite. / Car l’exemple est chose contagieuse, et l’Indochine proche de l’Inde38.

Le futur qui traitait du destin individuel de Gandhi est remplacé par un autre futur, moins évident mais lourd de menaces, et tourné vers l’Indochine coloniale ; le prétexte littéraire initial a bien disparu au profit d’une réflexion bien plus politique.

L’implication littéraire de Maran se lit dans d’autres textes. Il collabore ainsi sur le long terme avec La Dépêche de Toulouse, journal important dont le rayonnement est national durant l’entre-deux-guerres ; pour ce périodique, il se fait spécialiste de questions littéraires « noires » au début des années 1930, et devient ensuite un chroniqueur régulier de la page « Savoirs », en 1938 et 1939 : il y écrit en critique littéraire. On peut citer ainsi les deux articles qu’il publie à un mois d’intervalle, en 1932 : « Les nègres d’Afrique et la littérature39 » d’abord, puis « Le mouvement littéraire négro-américain40 » traitent ainsi avec des tonalités différentes d’ouvrages littéraires : le premier article mentionne d’un ton paternaliste les écritures indigènes, le second admire les productions américaines.

Aussi bien doit-on considérer avec un certain intérêt les œuvres de ces indigènes qui s'efforcent de nous révéler la vie secrète de leurs congénères, leurs us et coutumes, leur mythologie, leurs croyances, les rites du fétichisme, les prodigieuses richesses de leur folklore, ce qu'ils savent de la vertu des plantes dont ils usent en cas de maladie et de la vie des animaux de brousse qui les entourent41.

Une certaine érudition apparaît quant aux mouvements contemporains de littératures noires. Il y cite des journaux comme preuves de la vitalité américaine, journaux et revues qui ont joué un rôle important dans le climat intellectuel de ces années-là (Mangeon, 2021) :

Ces journaux, dont l’un, The Chicago Defender, dépasse de loin en importance les plus grands organes de la presse régionale française et des revues scientifico-littéraires comme The Crisis, que dirige avec la plus sûre autorité le remarquable polémiste d'origine haïtienne qu’est W.-E. Burghardt Du Bois ; The Journal of Negro History, aux destinées de laquelle préside M. Carter G. Woodson ; Opportunity et quelques autres servent d'aliments à cette étonnante, à cette prodigieuse floraison d'intelligences et d'énergies négro-américaines que le professeur Alain Leroy Locke, esprit curieux et subtil et l'une des plus nobles lumières de l'Université nègre de Howard, a étudiée, il y a quelques années à peine, dans son The New Negro, ouvrage d’une rare perfection exégétique42.

Maran collabore à ces journaux américains : à titre d’exemples, la revue Opportunity publie en traduction l’un de ses articles sur Gandhi (Riffard, 2021)43, mais aussi ses articles sur Lucie Couturier ou Albert Londres (Hayes Edwards, 2001, 312).

Son activité littéraire se remarque aussi dans ses articles de critique générale, et au premier chef ses articles publiés dans La Dépêche de Toulouse. En 1938-1939, son activité régulière lui fait publier des comptes rendus sur une Petite histoire de l’île Bourbon aux Presses universitaires de France, par Jean Farchi, Le Long voyage des rennes d’Allen Roy Evans traduit par Louis Postif et publié chez Grasset, la vie de René Madec écrite par Albert Le Bail en 193044, et l’on se perdrait à énumérer tous les titres ainsi « chroniqués ». Un de ses derniers articles pour le journal prend cependant une résonance particulière. Dans « Visage de la France en Afrique. Racisme et colonisation45 », le compte rendu de l’ouvrage publié par un « démarcheur nazi […] qui essaie […] de placer en France et dans les colonies françaises la principale marchandise de sa maison idéologique » est accompagné d’une analyse politique et militaire, puisque Maran y écrit finalement :

C’est aussi au nom du racisme qu’il cherche à opposer les juifs et les musulmans, les Européens et les noirs de l’Afrique française. Est-ce pour dresser musulmans contre juifs et noirs contre blancs en des conflits sanglants qui détourneraient finalement nègres et musulmans de la France, juste au moment où la métropole s’applique à augmenter dans des proportions considérables le coefficient de ses troupes de couleur ? / Il suffit, en tout cas, de se poser cette interrogation pour comprendre l’esprit qui anime Visage de la France en Afrique d’un bout à l’autre46.

On retrouve ici ce qui définit en partie Maran dans la presse : une écriture polémique, lucide, qui considère la littérature et les livres plus largement comme des vecteurs politiques. Un autre cas est représentatif de cette légitimité qu’il tire de ses connaissances coloniales et littéraires : l’article est tardif, la position tutélaire de Maran bien affirmée. En 1951, dans la rubrique « Les idées et les livres » de La Jeune-République, Maran fait le compte-rendu de Va-t-en avec les tiens… de Christine Fournier. La critique porte notamment sur l’identité de l’autrice, censée être métisse si l’on en croit ce livre écrit à la première personne :

L’intérêt de cet ouvrage réside dans les problèmes raciaux, sociaux et politiques qu’il soulève. […] L’avouerai-je ? Je me suis tout de suite méfié de ce que me disait la bande de l’ouvrage de Doéllé. Il y avait dans l’écriture de celui-ci un je ne sais quoi qui sentait plus l’européenne que la métisse. L’ouvrage, bien fait, bien construit, bien armé, bien écrit, m’intéressa beaucoup. Pas d’hésitation. Pas de gaucherie. Une grande délicatesse de trait. Je le lus d’affilée. Et c’est en le reposant sur ma table que je me suis dit : « Vraiment, pour une métisse, surtout si c’en est une qui n’a jamais quitté son pays natal, c’est tout à fait bien ». / Mon opinion n’a pas changé, bien que je sache maintenant que Mme Christine Fournier et Doéllé ne font qu’une seule et même personne. Je continue pourtant à croire, encore que Va-t’en avec les tiens, parfaite réussite, semble quelque peu infirmer la thèse que j’ai toujours défendue, que les seuls romans régionalistes d’expression aofienne ou aéfienne dans lesquels on reconnaîtra un jour d’authentiques chef-d’œuvre, auront pour auteurs des indigènes éduqués, formés, instruits à la française, et n’ayant jamais rompu ni avec leur pays d’origine, ni avec ses mœurs et ses coutumes, ni avec ses traditions et son folklore47.

On retrouve ici un point qui focalise l’attention de Maran en tant qu’écrivain et en tant que critique : cette notion de « régionalisme », qui lui sert à définir la littérature coloniale. Mais cette position tutélaire qu’il développe face aux auteurs plus jeunes ne se limite pas à une littérature coloniale aujourd’hui oubliée : on pourrait facilement opposer sa critique d’Odette Valence aux articles dans lesquels il traite également de Senghor ou de Zobel48. Son ton peut se faire beaucoup plus incisif ; c’est particulièrement visible dans cet extrait où il propose une lecture des textes de Zobel, appuyée sur le contexte historique de la Seconde Guerre mondiale : « Et les seigneurs du rhum n’hésitèrent pas un instant, bien qu’il manœuvrât à la gaffe, à emboîter le pas au singulier amiral dont Vichy avait fait leur führer » (il s’agit ici de l’amiral Robert). Il poursuit, et le lien devient alors plus clair :

Les nègres allaient donc être enfin de nouveau réduits en esclavage ! Pétain était un dieu et l’amiral Robert son prophète. On devait gaver ce saint homme de réceptions et de fêtes, d’adulations et de présents. C’était faire œuvre pie que d’honorer ainsi l’heureux mortel élu par le destin pour détruire à jamais aux Antilles les libertés républicaines. / Pareil état d’esprit ne pouvait qu’engendrer de secrètes rancœurs, grosses de représailles. L’inévitable s’est tout naturellement produit, mais sous la forme de Diab’-là, petit roman que vient de publier à l’imprimerie officielle de Fort-de-France M. Joseph Zobel, jeune écrivain noir originaire de la Martinique, qui avait déjà manifesté, peu avant la guerre planétaire déclenchée par l’Allemagne, un talent plein de promesses en donnant de temps à autre des contes et des chroniques à un petit journal local49.

Enfin, son érudition, sa capacité à citer nombre d’auteurs et à les expliquer, apparaît d’article en article : que ce soit en 1946 pour les Lettres françaises ou au fil d’articles moins littéraires, Maran se présente comme un lecteur averti. Il reprend, par exemple, le stéréotype de La Réunion comme île utopique et poétique, mais en ajoutant des références modernes qui dépassent la citation de Parny, Leconte de Lisle, Lacaussade, Dierx :

S’il est une île bénie des dieux et de la poésie, c’est bien l’île de la Réunion, qui a donné à la France des poètes comme l’élégiaque Parny, que Voltaire appelait son « cher Tibulle », Auguste Lacaussade, trop oublié de nos jours, l’olympien Leconte de Lisle, dont, en 1944, le cinquantenaire de la mort est passé presque inaperçu, Léon Dierx, si discret et si pur, Jean Ricquebourg, et, plus près de nous, André Cazamian et Raphaël Barquissau50.

On trouve ainsi, passim : pour Zobel, que « tout le livre est écrit de cette encre-là, qui rappelle le style de Romain Rolland dans Colas Breugnon, et celui de certains romans de Giono51 » ; concernant la ségrégation américaine, qu’« il faut chercher les raisons de cette régression dans l’hostilité croissante que les Anglo-Saxons, surtout nos bons amis américains, ne cessent de témoigner, depuis la fin de la guerre, aux races de couleur. Des ouvrages tels que The Rising tide of colour, de Lothrop Stoddard, et Le Crépuscule des nations blanches, de Maurice Muret, ne donnent qu’une idée imparfaite de cette croisade d'un nouveau genre52 ». Ainsi, les lectures, les prises de position, les connaissances constituent les bases de l’écriture médiatique de Maran, qui « à légèreté de pieds » (selon l’une de ses expressions récurrentes) traite différents sujets pour différents journaux, mais toujours selon une écriture fondée sur sa posture d’intellectuel colonial, d’essayiste de son temps.

Conclusion : d’une légitimité établie à une postérité critique

Dans les années 1930, Candide présente Maran par le biais de ses textes de fiction, publiés dans le journal ; mais également par une interview dont le prologue met en scène l’écrivain chez lui, avant qu’il ne discute de la genèse du Livre de la brousse :

M. René Maran n’a pas le préjugé de la couleur. Arrivé chez lui un peu à l’improviste, j’y rencontre le fils d'un haut fonctionnaire colonial, noir comme l’auteur de « Batouala », un double licencié indochinois, et Mme René Maran, qui représente la race blanche. Je me trouve un peu confus de n’être pas Peau-Rouge. / Plaisanterie à part, il m’apparaît bien ici que le monde est tricolore, notion qui nous échappe continuellement. Deuxième notion qui m’apparaît : la notion d’empire. Les lettres, la philosophie, la culture française sont ici partagées entre les races aussi fraternellement que les petits gâteaux. Quand M. René Maran, tout à l’heure, dira : « Les Européens », il me rappellera brusquement l’existence d’une communauté que j’avais presque oubliée53.

Cette scène révèle la manière dont l’image d’auteur de Maran condense, dans l’entre-deux-guerres, les problématiques impériales et raciales d’une partie de la vie politique et littéraire. La presse en est un moyen d’expression particulièrement efficace, et ce quels que soient les genres de texte qu’il y fait paraître. Peut-on expliquer alors les jugements que la postérité a portés sur Maran par la stratégie (si tant est qu’elle ait été concertée) qu’il a développée médiatiquement après l’obtention de son prix Goncourt ? Sans doute pas ; mais les liens entre les différents types d’écrits, les contraintes des supports, les réseaux médiatiques et littéraires éclairent à n’en pas douter la progressive légitimation qui a entouré Maran en tant qu’auteur dans les années 1930 et jusqu’à sa mort. Son statut d’auteur colonial ressortit pourtant dans une certaine mesure à ce que Pascale Casanova écrit du système littéraire (Casanova, 1999, 182) :

Paris ne s’est jamais intéressé aux écrivains issus de ses territoires coloniaux ; mieux, il les a longtemps méprisés et (mal)traités comme des sortes de provinciaux aggravés, trop proches pour que leurs différences puissent être reconnues ou célébrées, mais trop lointains pour être seulement perceptibles.

Maran appartient à ce schéma, mais il arrive à le subvertir par son investissement dans la presse, par les prix qu’il reçoit, par la manière dont il se signale en tant qu’auteur, érudit, connaisseur. Maran est original aussi, ne serait-ce que par sa « mondialisation » assez précoce, que décrit Hans-Jürgen Lüsebrink (Lüsebrink, 1990, 145) et dont on a vu qu’elle ne se limite pas aux traductions : elle est visible aux thèmes de certains de ses articles.

L’impact d’une œuvre se mesure à la dimension de ses lectures : à leur multiplicité, à leur intensité, à leur champ d’épandage géographique et social. En ce qui concerne René Maran, né en 1887 à Fort-de-France à la Martinique et mort en 1960 à Paris, et son roman Batouala, véritable roman nègre publié en 1921, cet impact a été incontestablement mondial : ce roman reçut non seulement le Prix Goncourt, le prix littéraire le plus renommé en France, mais fut également traduit, au cours des années 20, dans 12 langues étrangères, de l’anglais au norvégien, en passant par l’allemand, le hongrois, le japonais, le polonais, le hollandais, le roumain et le tchèque.

La réflexion de Franco Moretti sur la littérature mondiale présente également René Maran pour mettre en valeur son apport au roman (Moretti, 2001, 17). Dans un passage sur l’histoire du roman et son développement international, il écrit :

Les chemins autonomes empruntés par quelques littératures nationales, qu’on retient pour établir l’étalon de l’avènement du roman (les cas de l’Espagne, de la France et particulièrement de l’Angleterre), ne sont alors pas du tout des cas représentatifs, mais des exceptions. Ils ont la prééminence historique, certes, mais ils ne sont pas typiques, et ne préfigurent pas l’ensemble des développements que connaîtra le roman dans d’autres pays. L’avènement « typique » du roman, c’est Krasicki, Kemal, Rizan, Maran – et pas Defoe.

Typique du roman, Maran le serait par ce mélange entre la forme occidentale et le contenu africain. C’est surtout Buata B. Malela qui fait le portrait de Maran « auteur légitime de la littérature nègre à l’époque, orientation qui sera, par la suite, mise à mal » (Bundu Malela, 2008, 94), faisant le lien avec le contexte de son époque : « La première phase (1920-1935) sera dominée par René Maran qui occupera le devant de la scène culturelle et préconisera l’assimilation littéraire et politique en même temps que La Revue du monde noir des sœurs Nardal, puis l’éphémère Légitime défense » (Bundu Malela, 2008, 23). Plus récemment enfin, c’est dans ses Huit leçons sur l’Afrique qu’Alain Mabanckou évoque Maran, par le biais de son activité médiatique notamment (Mabanckou, 2021, 45) :

Mais l’année 1921 était, à n’en pas douter, ce moment clé de l’élan des lettres négro-africaines, c’est-à-dire, deux ans seulement après le Congrès de la race noire à Paris – qui est aussi le second Congrès panafricain. Le temps était à la critique. […] À partir de 1937, René Maran sera financé par le Service intercolonial d’information et de documentation afin de rédiger des articles adressés gracieusement aux journaux qui soutenaient la propagande coloniale. Ce travail pour le compte du ministère des Colonies et de l’agence de propagande se poursuivit pendant une partie de l’Occupation, et il reçut en 1942 le prix Broquette-Gonin de l’Académie française, destiné à récompenser des auteurs remarquables pour leurs « qualités morales ». Il publia plusieurs ouvrages sur les bâtisseurs d’empires, notamment chez Gallimard, Brazza et la fondation de l’AEF (1941), et chez Albin Michel, Les Pionniers de l’Empire (1943). Même si, après la guerre, il participa au premier Congrès mondial des écrivains et artistes noirs, même s’il fut encore présent à la deuxième édition de ce congrès à Rome en 1959, son parcours dans les années 1930 soulève de multiples interrogations.

De multiples interrogations en effet, mais qui trouvent quelques pistes d’explication si l’on considère sa production journalistique au sens large et sa démarche de légitimation de son autorité coloniale et littéraire – points qui peuvent également expliquer sa postérité critique dont nous avons cité ici quelques exemples. Maran est un auteur conscient du pouvoir de la presse et de sa capacité à pouvoir lui donner une place d’essayiste autant que de poète. En ce sens, sa posture dans la presse devient un outil de légitimation car il y mêle la conduite et le discours (Meizoz, 2007, 21) : dans les années 1920 et 1930 particulièrement, sa voix se fait entendre sur des sujets très divers, et les inflexions qu’elle prend participent de la construction de son image d’auteur au sens large. S’affirmer comme essayiste colonial par le biais de la presse, pour Maran, revient à répondre, par une multiplicité de textes, aux critiques dont il a été l’objet : c’est aussi l’une des particularités de sa posture.

1 René Maran, « La Griffe littéraire. Les livres », La Griffe, 15 décembre 1924.

2 Henriette Morel, « René Maran, poète et témoin de l’Afrique noire », La Jeune-République, 1er février 1949.

3  Édition prévue dans la collection « Autrement mêmes » dirigée par Roger Little chez l’Harmattan.

4 Merci à Xavier Luce et Charles W. Scheel d'avoir attiré mon attention sur cette publication.

5 René Maran, « M. Outrey ou Dom Guignol », L’Écho annamite, 27 août 1925.

6  René Maran, « Députés coloniaux et méthodes coloniales », Le Journal du peuple, 15 septembre 1924

7 « Une lettre d’un écrivain noir de la Résistance », La Femme dans la cité, 15 mai-1er juin 1945.

8  L’Auto, 15 mars 1934.

9 René Maran, « Les contes de L’Auto. Souvenirs », L’Auto, 5 novembre 1936.

10 René Maran, « Les contes de L’Auto. Le chasseur chassé », L’Auto, 20 janvier 1932.

11 René Maran, « Les chroniques de L’Auto. La Femme et le Sport », L’Auto, 2 décembre 1931.

12 René Maran, « Journal de bord », L’Auto, 17 août 1933.

13 René Maran, « Le livre d’or du sport. Les joies du rugby », L’Auto, 12 février 1931.

14  René Maran, « Chasse au feu », L’Auto, 19 avril 1933.

15 René Maran, « Courrier d’Afrique, par Maurice Martin du Gard (Ernest Flammarion, éditeur) », Bec et ongles, 28 novembre 1931.

16 René Maran, « La Guyane française et l’exploitation aurifère », Je suis partout, 27 juin 1936.

17 René Maran, « Tournée d’amitié au Danemark », La Jeune-République, 1er août 1951.

18 René Maran, « Troupes noires », Paris-Soir, 29 juillet 1924.

19 René Maran, « Lettre ouverte au professeur Alain-Leroy Locke de l’Université d’Howard (États-Unis) par

René Maran », Les Continents, 15 juin 1924.

20  René Maran, « Hitler !... Hitler !... Hitler !... », Vendémiaire, 20 septembre 1939.

21  Selon la présentation faite par le site Retronews.

22  L.F.H., « Notre ami René Maran reçoit le prix de la France d’Outre-Mer », La Jeune-République, 8 juin 1950.

23  René Maran, « L’abcès colonial. Accusations », L’Ère nouvelle, 28 septembre 1924 ; René Maran,

« Le Malaise colonial », L’Ère nouvelle, 09 et 17 août 1925.

24  Selon la présentation faite par le site Retronews.

25 René Maran, « Le Malaise colonial », L’Ère nouvelle, 09 août 1925.

26 René Maran, « Sur les témoignages de Témoignage chrétien », La Jeune-République, 31 août 1949.

27 René Maran, « Quand électrocute-t-on les Blancs ? », Le Droit de vivre, 15 mai – 15 juin 1951.

28 René Maran, « La Guyane française et l’exploitation aurifère », Je suis partout, 27 juin 1936.

29 René Maran, « La Guyane. Le bagne et les bagnards », L’Avenir du Tonkin, 9 avril 1936.

30 René Maran, « Un roman colonial. La Femme-Antilope », La Rumeur, 26 novembre 1928.

31 René Maran, « Les Coloniaux et les horizons intérieurs. Colons sans colonie », La Dépêche de Toulouse, 23 juillet 1935.

32 René Maran, « Il faut créer, à Paris, une maison des peuples de couleur », Je suis partout, 19 août 1933.

33 René Maran, « En Afrique Équatoriale française. Le chemin de fer Brazzaville-Océan est d’un intérêt vital », La Rumeur, 12 novembre 1928.

34 René Maran, « Un roman colonial. La Femme-Antilope », La Rumeur, 26 novembre 1928.

35 René Maran, « La Griffe littéraire. Gandhi », La Griffe, 15 octobre 1924.

36 Il deviendra « un nez autoritaire, fort, ensemble et voluptueux ».

37 Comparaison entre René Maran, « La Griffe littéraire. Gandhi », La Griffe, 15 octobre 1924 et René Maran, « Gandhi », L’Œuvre, 12 octobre 1931.

38  René Maran, « Gandhi », L’Œuvre, 12 octobre 1931.

39  René Maran, « Les nègres d’Afrique et la littérature », La Dépêche de Toulouse, 15 novembre 1932.

40  René Maran, « Le mouvement littéraire négro-américain », La Dépêche de Toulouse, 13 décembre 1932.

41  René Maran, « Les nègres d’Afrique et la littérature », La Dépêche de Toulouse, 15 novembre 1932.

42  René Maran, « Le mouvement littéraire négro-américain », La Dépêche de Toulouse, 13 décembre 1932.

43  René Maran, « Gandhi », trad. Edna Worthley Underwood, Opportunity, 1925, n°3, p. 40-42.

44 Respectivement sous les titres : « La vie blanche de l’extrême Grand Nord canadien », 15 novembre 1938 ; « La Réunion de sa découverte à nos jours 

45 René Maran, « Visage de la France en Afrique. Racisme et colonisation », La Dépêche de Toulouse, 12 juillet 1939.

46  René Maran, « Visage de la France en Afrique. Racisme et colonisation », La Dépêche de Toulouse, 12 juillet 1939.

47  René Maran, « Les idées et les livres. Pleure, ô mon pays, d’Alain Paton et Va-t-en avec les tiens… de Christine Fournier », La Jeune-République

48  René Maran, « Les Coloniaux et les horizons intérieurs. Colons sans colonie », La Dépêche de Toulouse, 23 juillet 1935 ; René Maran, « L’écrivain

49 René Maran, « Destins de l’empire. Plaidoyer contre l’esclavage », Gavroche, 11 octobre 1945.

50 René Maran, « La Martinique, bastion littéraire français des Antilles », Les Lettres françaises, 3 mai 1946.

51  René Maran, « Destins de l’empire. Plaidoyer contre l’esclavage », Gavroche, 11 octobre 1945.

52 René Maran, « Il faut créer, à Paris, une maison des peuples de couleur », Je suis partout, 19 août 1933.

53 Georges Blond, « Les Lettres chez la concierge. Punch avec René Maran », Candide, 10 mai 1934.

54 René Maran, Les Continents, n°1, 15 mai 1924, p. 1. Merci à Xavier Luce pour avoir transcrit cet article à partir d'un scan parfois difficilement

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René Maran, « Réflexions » 54

Le Bloc des Gauches a vaincu. Sa victoire a surpris tout le monde, et lui-même, semble-t-il, plus que tout le monde, car s’il s’attendait à un succès, rien ne lui avait permis de prévoir que ce succès serait un triomphe.

A présent que le calme est revenu, et que certains clowns politiques ont disparu du cirque où ils tournaient la France en dérision, il convient d’examiner froidement la situation.

Si elle n’est pas belle au point de vue de l’intérieur, elle l’est encore moins au point de vue colonial, tant il apparaît indéniable que le prétendu régime républicain sous lequel nous vivons est moins libéral que la monarchie de juillet.

En ce temps-là, il est vrai, la sève des plus nobles idées humaines fusait de partout. On se battait pour elles. Hélas ! de nos jours, on ne trouve plus que de viles coalitions d’appétits opposés, où il y avait des doctrines philosophiques et des systèmes sociaux qui s’affrontaient.

Aussi le plus bas matérialisme s’est-il introduit partout, et la France renie-t-elle ce qu’elle prétendait être sa mission, son histoire et son passé. Elle a peu à peu tellement été acculée aux faits, qu’elle n’ose plus proclamer sans réticences que la colonisation et la civilisation ne font qu’un. Tout au contraire, elle reconnaît ses erreurs, et feint de regretter ses fautes.

La république de 89 avait aboli l’esclavage, et la monarchie constitutionnelle confirmé le généreux geste de l’Assemblée Constituante. La France d’après 1870 a considéré que tout cela n’était que chiffons de papier, et a laissé le Ministre des Colonies imposer aux sujets français d’outre-mer, sous forme de décrets-lois avant la lettre, un esclavage plus dur que le précédent, ne serait-ce que parce qu’il est sanctionné par la loi et organisé par elle.

Il est temps que cette ignominie cesse, grand temps, – dans l’intérêt même de la France, si la raison d’humanité ne lui suffisait plus. Il est temps qu’on sache que les « populations attardées » qu’elle a prises en tutelle, afin de les mieux dépouiller de leurs biens. Il est temps que l’on sache qu’elles sont peu nombreuses celles qui ont eu à se louer de sa gestion.

En effet, si cruels qu’aient pu être envers leurs colonies respectives, toutes les nations coloniales, il n’est que la France qui voit son cheptel humain diminuer partout où elle s’installe définitivement, alors que celui-ci croit au contraire et prospère partout où elle n’est pas.

Voici qui est plus grave. Jusqu’à ce jour, aucune nation européenne, n’avait songé à envoyer des innocents et des irresponsables se faire tuer pour elle, contre leur gré. En 1914, la France a été la première à commettre cette infamie. Et lorsque la persuasion et les promesses n’ont plus suffi, elle a employé la force brutale, la force ignoble, c’est à dire les menaces, la prison, les sévices de toutes sortes. En certains endroits même on n’a pas hésité à courre l’homme, les coups de fusil servant de meute. Et ainsi a-t-on eu des volontaires d’un genre spécial.

Piquée au jeu, l’Angleterre, dans l’Inde, a usé des mêmes procédés. Après quoi, ces deux grands pays civilisés ont d’une seule voix protesté avec une véhémente indignation contre l’Allemagne inhumaine et barbare, qui obligeait les prisonniers suisses ou belges à travailler à leurs tranchées de premières lignes.

Résultat ? L’Égypte s’agite, l’Inde s’agite. Les races opprimées laissent sourdre leur mécontentement. Et ce mécontentement gagne. Et peut-être, grâce à la rapacité aveugle des races européennes, sommes-nous au seuil des guerres raciales.

Telle a été l’œuvre que les radicaux et les radicaux-socialistes ont fait ou laissé faire et pendant la guerre, – l’œuvre coloniale, s’entend. La paix vient. Le pouvoir leur échappe. Ils le reprennent enfin, après quatre ans de furieuse attente. Répareront-ils tous les dénis de justice dont ils sont responsables ? Caillaux et les marins de la mer Noire ? C’est bien. Réintégration des cheminots révoqués ? Parfait. Mais que feront-ils pour les jaunes, pour les noirs, pour les arabes, pour tous les troupeaux qu’on a arrachés de leurs pâtures et qu’on a poussés à la boucherie de la guerre, avec, dans le dos, des mitrailleuses pour aiguillon ?

Plus de discours, plus de formules imagées : des actes, et vite, si l’on veut sauver des races en péril de mort, des races dont on a besoin, – si l’on veut renouer avec les grandes traditions de la France des Droits de l’Homme et du Citoyen, et travailler pour l’humanité.

1 René Maran, « La Griffe littéraire. Les livres », La Griffe, 15 décembre 1924.

2 Henriette Morel, « René Maran, poète et témoin de l’Afrique noire », La Jeune-République, 1er février 1949.

3  Édition prévue dans la collection « Autrement mêmes » dirigée par Roger Little chez l’Harmattan.

4 Merci à Xavier Luce et Charles W. Scheel d'avoir attiré mon attention sur cette publication.

5 René Maran, « M. Outrey ou Dom Guignol », L’Écho annamite, 27 août 1925.

6  René Maran, « Députés coloniaux et méthodes coloniales », Le Journal du peuple, 15 septembre 1924

7 « Une lettre d’un écrivain noir de la Résistance », La Femme dans la cité, 15 mai-1er juin 1945.

8  L’Auto, 15 mars 1934.

9 René Maran, « Les contes de L’Auto. Souvenirs », L’Auto, 5 novembre 1936.

10 René Maran, « Les contes de L’Auto. Le chasseur chassé », L’Auto, 20 janvier 1932.

11 René Maran, « Les chroniques de L’Auto. La Femme et le Sport », L’Auto, 2 décembre 1931.

12 René Maran, « Journal de bord », L’Auto, 17 août 1933.

13 René Maran, « Le livre d’or du sport. Les joies du rugby », L’Auto, 12 février 1931.

14  René Maran, « Chasse au feu », L’Auto, 19 avril 1933.

15 René Maran, « Courrier d’Afrique, par Maurice Martin du Gard (Ernest Flammarion, éditeur) », Bec et ongles, 28 novembre 1931.

16 René Maran, « La Guyane française et l’exploitation aurifère », Je suis partout, 27 juin 1936.

17 René Maran, « Tournée d’amitié au Danemark », La Jeune-République, 1er août 1951.

18 René Maran, « Troupes noires », Paris-Soir, 29 juillet 1924.

19 René Maran, « Lettre ouverte au professeur Alain-Leroy Locke de l’Université d’Howard (États-Unis) par

René Maran », Les Continents, 15 juin 1924.

20  René Maran, « Hitler !... Hitler !... Hitler !... », Vendémiaire, 20 septembre 1939.

21  Selon la présentation faite par le site Retronews.

22  L.F.H., « Notre ami René Maran reçoit le prix de la France d’Outre-Mer », La Jeune-République, 8 juin 1950.

23  René Maran, « L’abcès colonial. Accusations », L’Ère nouvelle, 28 septembre 1924 ; René Maran,

« Le Malaise colonial », L’Ère nouvelle, 09 et 17 août 1925.

24  Selon la présentation faite par le site Retronews.

25 René Maran, « Le Malaise colonial », L’Ère nouvelle, 09 août 1925.

26 René Maran, « Sur les témoignages de Témoignage chrétien », La Jeune-République, 31 août 1949.

27 René Maran, « Quand électrocute-t-on les Blancs ? », Le Droit de vivre, 15 mai – 15 juin 1951.

28 René Maran, « La Guyane française et l’exploitation aurifère », Je suis partout, 27 juin 1936.

29 René Maran, « La Guyane. Le bagne et les bagnards », L’Avenir du Tonkin, 9 avril 1936.

30 René Maran, « Un roman colonial. La Femme-Antilope », La Rumeur, 26 novembre 1928.

31 René Maran, « Les Coloniaux et les horizons intérieurs. Colons sans colonie », La Dépêche de Toulouse, 23 juillet 1935.

32 René Maran, « Il faut créer, à Paris, une maison des peuples de couleur », Je suis partout, 19 août 1933.

33 René Maran, « En Afrique Équatoriale française. Le chemin de fer Brazzaville-Océan est d’un intérêt vital », La Rumeur, 12 novembre 1928.

34 René Maran, « Un roman colonial. La Femme-Antilope », La Rumeur, 26 novembre 1928.

35 René Maran, « La Griffe littéraire. Gandhi », La Griffe, 15 octobre 1924.

36 Il deviendra « un nez autoritaire, fort, ensemble et voluptueux ».

37 Comparaison entre René Maran, « La Griffe littéraire. Gandhi », La Griffe, 15 octobre 1924 et René Maran, « Gandhi », L’Œuvre, 12 octobre 1931.

38  René Maran, « Gandhi », L’Œuvre, 12 octobre 1931.

39  René Maran, « Les nègres d’Afrique et la littérature », La Dépêche de Toulouse, 15 novembre 1932.

40  René Maran, « Le mouvement littéraire négro-américain », La Dépêche de Toulouse, 13 décembre 1932.

41  René Maran, « Les nègres d’Afrique et la littérature », La Dépêche de Toulouse, 15 novembre 1932.

42  René Maran, « Le mouvement littéraire négro-américain », La Dépêche de Toulouse, 13 décembre 1932.

43  René Maran, « Gandhi », trad. Edna Worthley Underwood, Opportunity, 1925, n°3, p. 40-42.

44 Respectivement sous les titres : « La vie blanche de l’extrême Grand Nord canadien », 15 novembre 1938 ; « La Réunion de sa découverte à nos jours », 24 novembre 1938 ; « Les grandes vies aventureuses. Un nabab breton », 17 janvier 1939.

45 René Maran, « Visage de la France en Afrique. Racisme et colonisation », La Dépêche de Toulouse, 12 juillet 1939.

46  René Maran, « Visage de la France en Afrique. Racisme et colonisation », La Dépêche de Toulouse, 12 juillet 1939.

47  René Maran, « Les idées et les livres. Pleure, ô mon pays, d’Alain Paton et Va-t-en avec les tiens… de Christine Fournier », La Jeune-République, 30 avril 1951.

48  René Maran, « Les Coloniaux et les horizons intérieurs. Colons sans colonie », La Dépêche de Toulouse, 23 juillet 1935 ; René Maran, « L’écrivain noir Léopold Sédar Senghor unit les cultures africaine et française », France, 12 octobre 1945.

49 René Maran, « Destins de l’empire. Plaidoyer contre l’esclavage », Gavroche, 11 octobre 1945.

50 René Maran, « La Martinique, bastion littéraire français des Antilles », Les Lettres françaises, 3 mai 1946.

51  René Maran, « Destins de l’empire. Plaidoyer contre l’esclavage », Gavroche, 11 octobre 1945.

52 René Maran, « Il faut créer, à Paris, une maison des peuples de couleur », Je suis partout, 19 août 1933.

53 Georges Blond, « Les Lettres chez la concierge. Punch avec René Maran », Candide, 10 mai 1934.

54 René Maran, Les Continents, n°1, 15 mai 1924, p. 1. Merci à Xavier Luce pour avoir transcrit cet article à partir d'un scan parfois difficilement lisible.

Les Continents, n° 1, 15 mai 1924, p. 1

Les Continents, n° 1, 15 mai 1924, p. 1

Laure Demougin

Université Paul-Valéry Montpellier 3, laure.demougin@gmail.com

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